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VOLTAIRE

 

 

 

 

 

 

 

François Marie Arouet, dit Voltaire

Cet article fait partie du dossier consacré à la Révolution française.

Écrivain français (Paris 1694-Paris 1778).

       
Voltaire, l’un des philosophes des Lumières les plus importants, a connu une vie mouvementée marquée par l’engagement au service de la liberté. Travailleur infatigable et prolixe, il laisse une œuvre considérable et très variée qui touche à tous les domaines, renouvèle le genre historique et donne au conte ses lettres de noblesse.
Famille
Il est né le 21 novembre 1694 ; son père est notaire et conseiller du roi ; sa mère meurt alors qu’il est âgé de sept ans.
Formation
Il est placé chez les jésuites du collège Louis-le-Grand (ancien collège de Clermont), puis fait des études à la faculté de droit de Paris.
Début de sa carrière
À partir de 1715, il fréquente les milieux libertins et les salons littéraires, compose des écrits satiriques qui le conduisent à la Bastille. En prison, il rédige Œdipe (1717). Il fait des voyages en Europe et connaît des intrigues de cour. Il continue à écrire pour le théâtre et commence une épopée, la Ligue (1723), première version de la Henriade (1728). Une altercation avec le chevalier de Rohan-Chabot lui vaut douze jours à la Bastille, puis l’exil en Angleterre (1726).
Premiers succès
Rentré en France en 1728, il fait jouer son théâtre ; il triomphe avec sa pièce Zaïre (1732). Il se retire à Cirey, chez Mme du Châtelet. Les Lettres philosophiques connaissent un succès de scandale (1734), de même que le poème provocateur le Mondain (1736).
Tournant de sa carrière
Il est rappelé à Paris où il est nommé historiographe du roi (1745). Parallèlement à son travail d’historien (le Siècle de Louis XIV, 1752 ; Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, 1756), il commence à rédiger des contes satiriques (Zadig, 1748 ; Micromégas, 1752). Il accepte l’invitation de Frédéric II de Prusse et part pour Potsdam (1750). En 1755, il s’installe en Suisse, où sera publié Candide (janvier 1759) et, enfin, dans un village français près de la frontière suisse, Ferney (décembre 1758-février 1759).
Dernière partie de sa carrière
Devenu l’« hôte de l’Europe », il intervient dans des « affaires » (Calas, Sirven, La Barre). Il poursuit son combat en faveur de la tolérance (Traité sur la tolérance, 1763 ; Dictionnaire philosophique portatif, 1764) sans toutefois abandonner le conte (l’Ingénu, 1767). Il meurt le 30 mai 1778. Treize ans plus tard, en 1791, ses restes sont transférés solennellement au Panthéon.

1. LA VIE DE VOLTAIRE
1.1. LA FORMATION INITIALE (1694-1713)

François Marie Arouet est le cinquième enfant de François Arouet (1649-1722) et de Marguerite Daumart (vers 1661-1701) [sur les six enfants de la famille, trois meurent en bas âge]. Son père, notaire royal, puis payeur des épices à la Chambre des comptes, est en relations professionnelles et personnelles avec l'aristocratie. Il fait donner à ses fils la meilleure éducation possible. Pour l'aîné Armand, vers 1695, c'est celle des Oratoriens. Pour François Marie, en 1704, c'est celle des jésuites du collège Louis-le-Grand. La mésentente entre les deux frères vient sans doute en partie de là. Elle sera doublée de difficultés entre le père et le fils, lorsque le libertinage et la vocation littéraire apparaîtront simultanément. Voltaire affecte parfois de ne pas être le fils de son père, mais du chansonnier Rochebrune : affirmation agressive d'indépendance – la plaisanterie sur sa bâtardise est considérée de nos jours comme le signe d'une phobie et d'une hantise qui se retrouvent dans l'attitude de Voltaire devant Dieu, père au terrible pouvoir.


Son adolescence subit l'influence de l'humanisme jésuite et celle du libertinage mondain. Aux Jésuites, Voltaire doit sa culture classique, son goût assez puriste, le souci de l'élégance et de la précision dans l'écriture, son amour du théâtre et même, en dépit d'eux, les bases de son déisme. Aux libertins du Temple, son épicurisme, son esprit plaisant et irrévérencieux, son talent dans la poésie légère.
→ Compagnie de Jésus, → libertinage.

1.2. PREMIÈRE EXPÉRIENCE DE L’ÉCRITURE POLÉMIQUE (1713-1726)
Mais Voltaire ne se contente pas d'être un homme de plaisir : il y a dans son art de jouir une insolence qui lui vaut d'être envoyé par son père à Caen, puis à La Haye en 1713, d'être confiné à Sully-sur-Loire en 1716 sur ordre du Régent (sur lequel on dit qu’il a écrit quelques vers assassins) et embastillé en 1717. Dès ce moment, il prépare deux grandes œuvres, d'une tout autre portée que ses vers épicuriens : la tragédie Œdipe, triomphalement représentée en novembre 1718, et le poème de la Ligue, paru en 1723, qui deviendra en 1728 la Henriade. Il veut maintenant imiter Sophocle et Virgile. Le libertin commence à se faire philosophe en lisant Malebranche, Bayle, Locke et Newton.
C'est en 1718 qu'il prend le pseudonyme de Voltaire (d'abord Arouet et Voltaire), peut-être formé à partir d'Airvault, nom d'un bourg poitevin où ses ancêtres ont résidé. Le chevalier de Rohan (1683-1760), qui le fait bâtonner et, humiliation pire, de nouveau embastiller en 1726, semble avoir interrompu une carrière admirablement commencée d'écrivain déjà illustre et de courtisan. En fait, il rend Voltaire à sa vraie vocation, qui aurait certainement éclaté d'une façon ou d'une autre, car on ne peut guère imaginer qu'il se soit contenté d'être poète-lauréat.
1.3. SÉJOUR EN ANGLETERRE (1726-1728)

C'est Voltaire lui-même qui demande la permission de passer en Angleterre. Y a-t-il découvert ce dont il n'avait aucune idée et subi une profonde métamorphose ? Y a-t-il, au contraire, trouvé ce qu'il était venu y chercher, appris ce qu'il savait déjà ? Les deux thèses ont été soutenues. On admet maintenant que s'il a, avant son voyage, lu des ouvrages traduits, s'il a aussi adopté par ses propres cheminements des vues déjà « philosophiques » sur Dieu, sur la Providence, sur la société, sur la tolérance, sur la liberté, il n'est pourtant pas en état, dans les années 1726-1728, d'assimiler complètement la science et la philosophie anglaises.
Mais Voltaire fait l'expérience d'une civilisation, dont il sent et veut définir ce qu'il appelle l'esprit ou le génie. Il comprend l'importance pour la pensée et la littérature françaises de connaître ces Anglais, avec qui le Régent a noué alliance, et il réunit une masse de notations, d'idées, de questions, de problèmes, d'anecdotes, de modèles formels dont il ne cessera de tirer parti pendant tout le reste de son existence.
Les Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises, conçues bien avant la fin de son séjour en Angleterre, paraissent en anglais dès 1733, en français en 1734. Elles sont, malgré leurs erreurs et leurs lacunes, l'un des essais les plus réussis pour ce qui est de comprendre et donner à comprendre le fonctionnement d'une société étrangère et le lien entre des institutions, des mœurs et une culture sous le signe de la liberté.

1.4. RETOUR EN FRANCE : SPÉCULATION FINANCIÈRE ET CLANDESTINITÉ (1728-1734)
De son retour en France (1728) à son installation en Lorraine, à Cirey (1734), Voltaire vit quelques années tiraillé : entre le monde et la retraite, le succès et les persécutions, la publication des œuvres achevées et la mise en chantier d'œuvres nouvelles.
Il fait applaudir Brutus (décembre 1730) et Zaïre (août 1732), mais son Histoire de Charles XII est saisie (janvier 1731). Son Temple du goût soulève des protestations violentes (janvier 1733), ses Lettres philosophiques (avril 1734), longuement revues et auxquelles il a ajouté les remarques « Sur les Pensées de M. Pascal », sont brûlées, et l'auteur doit se réfugier en Lorraine (mai 1734) pour échapper à une lettre de cachet (écrit formel du roi ordonnant l'incarcération ou l'exil). En mai 1732, il avait pour la première fois fait mention de son projet d'écrire l'histoire de Louis XIV.
C'est pendant cette période qu'il met au point deux moyens d'assurer sa liberté d'écrire, et dont il ne cessera désormais d'user : la spéculation, qui lui procurera l'aisance matérielle puis la richesse, et la clandestinité, dans laquelle il prépare l'impression et la diffusion de ses œuvres.

1.5. LA RETRAITE À CIREY (1734-1750)
1.5.1. PÉRIODE STUDIEUSE (1734-1740)
Voltaire s'est installé à Cirey, en Haute-Marne, chez Mme du Châtelet (Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, 1706-1749). C'est le lieu de sa retraite et le centre de ses activités jusqu'à la mort de sa maîtresse. Plusieurs raisons lui ont fait souhaiter de se retirer pendant quelques années : les poursuites entamées contre lui, le besoin de se recueillir pour l'œuvre de longue haleine que va être le Siècle de Louis XIV, le sentiment qu'il doit acquérir en science et en philosophie les connaissances qui lui manquent, et au seuil desquelles l'achèvement des Lettres philosophiques l'a conduit.
De 1734 à 1738 s'accomplit ce que l'on a appelé la rééducation de Voltaire. Il était déjà philosophe par son esprit critique, par ses idées sur la religion, sur la société, sur le bonheur. Il le devient au sens encyclopédique où son siècle doit entendre le mot : en se faisant métaphysicien, physicien, chimiste, mathématicien, économiste, historien, sans jamais cesser d'être poète et d'écrire des comédies, des tragédies, des épîtres ou des vers galants.
Avec Mme du Châtelet, il commente Newton, Leibniz, Christian von Wolff, Samuel Clarke, Bernard de Mandeville et fait des expériences de laboratoire. Sa correspondance avec Frédéric II de Prusse et le rôle qu'il espère jouer auprès du prince l'amènent à s'instruire sur la diplomatie et sur les problèmes économiques.
Toutes ces activités et ces recherches, qui explorent le concept de civilisation, aboutissent au Traité de métaphysique (Voltaire y travaille du début de 1734 à la fin de 1736, l'ouvrage ne sera pas publié de son vivant), aux Éléments de la philosophie de Newton (publiés en 1738), au Siècle de Louis XIV (une première version est prête en 1738, le début est publié en 1739 et aussitôt saisi), aux sept Discours sur l'homme (composés et diffusés plus ou moins clandestinement en 1738) et au projet de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations.
1.5.2. PÉRIODE D'INSTABILITÉ (1740-1750)
Mais la retraite à Cirey n'est ni constante, ni solitaire, ni même toujours tranquille. Les visiteurs se succèdent. On fait du théâtre. On lit les œuvres toutes fraîches. On veille sur les manuscrits, qui sont comme des explosifs prêts à éclater : Voltaire entre en fureur quand des pages de la Pucelle disparaissent de leur tiroir. Il doit fuir en Hollande quand le texte du Mondain circule (novembre 1736).

La seconde partie de la période de Cirey est encore plus agitée : voyages à Lille auprès de sa nièce Mme Denis (qui devient sa maîtresse à partir de 1744), voyages à Paris pour la représentation, vite interdite, de Mahomet (août 1741) et pour celle de Mérope, triomphale (février 1743). Il rencontre Frédéric II à Wesel, près de Clèves (septembre 1740), part en mission diplomatique à Berlin et en Hollande (1743-1744), séjourne à Versailles pour la représentation de la Princesse de Navarre et celle du Temple de la gloire (1745).
Voltaire cherche, en effet, à obtenir la faveur de Louis XV. Son Poème de Fontenoy est imprimé par l'imprimerie royale (1745). Il est finalement nommé historiographe de France (avril 1745), élu à l'Académie française (avril 1746), avant de recevoir le brevet de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (décembre 1746). Les académies de province et de l'étranger rivalisent pour le compter parmi leurs membres. Il est reçu à Sceaux chez la duchesse du Maine, pour laquelle il écrit ses premiers Contes.
Mais, comme en 1726, l'édifice de son succès s'effondre quand il peut se croire au sommet. L'épisode du jeu de la reine (où Voltaire dit à Mme du Châtelet, qui perdait tout ce qu'elle misait, qu'elle jouait avec des coquins) est moins autant une des causes de sa disgrâce que la conséquence et le symbole de la conduite qu'il a adoptée. Il n'aurait en effet jamais sacrifié son œuvre et sa pensée à la quête des faveurs royales, dont il voulait se faire un bouclier, et le roi savait fort bien qu'il n'était pas un courtisan sincère. La mort de Mme du Châtelet prive Voltaire de son refuge, mais le délie de la promesse qu'il a faite de ne pas répondre à l'invitation de Frédéric.
1.6. AUPRÈS DE FRÉDÉRIC II DE PRUSSE (1750-1754)
1.6.1. ENTRE ADMIRATION ET DÉFIANCE RÉCIPROQUES

À son arrivée à Potsdam, en juillet 1750, Voltaire n'a plus d'illusions sur le roi-philosophe. Il comprend bien que la guerre et l'intrigue passeront toujours avant la philosophie aux yeux de celui qui lui a soumis, en 1740, une réfutation de Machiavel, mais a envahi la Silésie dès 1741. Le souverain et l'écrivain éprouvent l'un pour l'autre un sentiment étrange et violent, mélange d'admiration, d'attachement, de défiance et de mépris. Ce qu'ils se sont écrit l'un à l'autre, et ce qu'ils ont écrit l'un de l'autre, est à interpréter en fonction de toutes leurs arrière-pensées. Voltaire doit se justifier devant l'opinion française, et peut-être à ses propres yeux, d'être allé servir le roi de Prusse : celui-ci accable Voltaire de flatteries tout en le calomniant auprès du gouvernement français, pour lui interdire le retour en France. Le 15 mars 1753, Voltaire reçoit néanmoins le droit de quitter la Prusse.

1.6.2. UNE PÉRIODE FÉCONDE MALGRÉ TOUT
En peu de temps, Voltaire apprend beaucoup sur le pouvoir politique, sur la parole des rois, sur le rôle des intellectuels, et son expérience humaine, déjà variée, renforce encore davantage son caractère cosmopolite. Il travaille aussi beaucoup, malgré les divertissements, les corvées et les polémiques. En vérité, il songe d'abord à son travail en acceptant l'invitation de Frédéric II. Le Siècle de Louis XIV paraît (1752). Voltaire rédige de grands morceaux de l'Histoire universelle (le futur Essai sur les mœurs et l'esprit des nations), que déjà les éditeurs pirates s'apprêtent à publier d'après des manuscrits volés. Il pense à écrire son Dictionnaire philosophique portatif. Il donne, sous le titre de Micromégas (1752), sa forme définitive à un conte dont le premier état datait peut-être de 1739, et compose le Poème sur la loi naturelle, qui paraît en 1755.

1.6.3. DE NOUVEAU EN QUÊTE D'UN ABRI
Pendant un an et demi, de mars 1753 à novembre 1754, Voltaire cherche un abri. Malgré le bon accueil qu'il reçoit de plusieurs princes d'Allemagne, à Kassel, à Gotha, à Strasbourg, à Schwetzingen, les motifs de tristesse s'accumulent : deux représentants de Frédéric l'ont cruellement humilié et retenu illégalement prisonnier à Francfort (29 mai-7 juillet 1753). Les éditions pirates de ses œuvres historiques et les manuscrits de la Pucelle se multiplient. Mme Denis semble disposée à l'abandonner. Sa santé chancelle. À Colmar, pendant l'hiver de 1753, il songe au suicide. Mais il ne cesse de travailler : cela le sauve.

1.7. LE PATRIARCHE (1754-1778)
1.7.1. LA RETRAITE À FERNEY : UNE ACTIVITÉ INTENSE
En novembre 1754, Voltaire s'installe à Prangins (commune suisse du canton de Vaud), puis en mars 1755 près de Genève dans le domaine de Saint-Jean qu'il rebaptise « les Délices ». S'ensuivent des querelles et même des menaces d'expulsion, à cause des représentations théâtrales auxquelles il doit renoncer, à cause aussi du scandale de l'article « Genève », écrit par d'Alembert dans l’Encyclopédie, où l'on reconnaît son influence.

En décembre 1758, Voltaire achète le château de Ferney (dans l'Ain, près de la frontière suisse), où il ne s'installe qu'en 1759. Il y restera jusqu'à l'année de sa mort et y devient le « grand Voltaire », le « patriarche » qui reçoit des visiteurs de tous pays et correspond avec le monde entier – il dicte ou écrit parfois jusqu'à quinze ou vingt lettres à la suite. Il travaille de dix à quinze heures par jour, fait des plantations, construit des maisons, fonde des manufactures de montres, de bas de soie, donne des représentations théâtrales, des repas, des bals. Ainsi, en une vingtaine d'années, il lance dans le public plus de quatre cents écrits, depuis la facétie en deux pages jusqu'à l'encyclopédie philosophique en plusieurs volumes.
Candide, qui paraît en 1759, marque la fin d'une période d'inquiétude, au cours de laquelle il publie pourtant les Annales de l'Empire (1753) et l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations (1756). Il écrit, à la suite du tremblement de terre ayant détruit la ville, le Poème sur le désastre de Lisbonne (1756) et la première partie de l'Histoire de la Russie sous Pierre le Grand (1759). Il achève et fait paraître l'Orphelin de la Chine (1755), travaille à l'édition générale de ses œuvres entreprise par les frères Cramer. Il tente aussi, sans succès, d'arrêter la guerre en servant d'intermédiaire entre le duc de Choiseul et Frédéric II.
Dans l'immense production de Ferney figurent des tragédies comme Tancrède (1759), Olympie (1764), les Scythes (1768), les Guèbres (1769), les Lois de Minos (1772), Irène (1778), quelques comédies, le commentaire du théâtre de Corneille, des études historiques (Histoire du parlement de Paris, le Pyrrhonisme de l'Histoire, Fragment sur l'histoire générale), des études juridiques (Commentaire du livre des délits et des peines [de Beccaria], Commentaire sur l'Esprit des lois, le Prix de la justice et de l'humanité), des épîtres au roi de Chine, au roi du Danemark, à l'impératrice de Russie, à Boileau, à Horace, etc. Mais même les œuvres de pure littérature ou d'érudition sont liées aux polémiques dans lesquelles Voltaire est engagé, et chacune ne trouve son sens que replacée dans les circonstances qui l'ont fait naître. Il arrive à l'auteur d'expédier en quelques jours une tragédie, à la fois pour attirer l'attention du roi et obtenir la permission de revenir à Paris, qui lui est refusée aussi obstinément par Louis XVI qu'elle l'a été par Louis XV.

1.7.2. DÉFENSE DE LA LIBERTÉ DE PENSÉE

Dispute de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau
Tout sert le combat philosophique. « Écr. l'inf. », c'est-à-dire « Écrasons l'infâme », répète-t-il à ses correspondants – l'« infâme » étant la superstition, la religion en général et la religion catholique en particulier. Le combat vise aussi l'injustice, l'arbitraire, l'obscurantisme, la sottise, tout ce que Voltaire juge contraire à l'humanité et à la raison. Sa première arme étant le ridicule, satires, épigrammes et facéties bafouent les croyances et les usages qu'il condamne. Elles pleuvent sur Fréron, Omer de Fleury, les frères Le Franc de Pompignan, Jean-Jacques Rousseau, Chaumeix, Needham, Nonnotte, Patouillet, et bien d'autres ennemis récents ou de vieille date. Plusieurs de ces railleries mordantes sont restées célèbres : la Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l'apparition du jésuite Berthier, le Pot-Pourri, les Anecdotes sur Bélisaires ou la Canonisation de saint Cucufin.
Selon un dessein conçu depuis longtemps, Voltaire réunit des articles d'un ton plus sérieux, souvent tout aussi satirique, sur des sujets théologiques ou religieux (le Dictionnaire philosophique portatif, 1764, plusieurs fois réédité, augmenté à chaque réédition, devenu en 1769 la Raison par alphabet, puis simplement le Dictionnaire philosophique) ou sur tous les sujets de philosophie, législation, politique, histoire, littérature, où le philosophe a son mot à dire (Questions sur l'Encyclopédie, à partir de 1770). Il met en forme les recherches de critique religieuse et de critique biblique qu'il a commencées à Cirey avec Mme du Châtelet, et une vingtaine d'essais ou de traités sortent de Ferney de 1760 à 1778 : Sermon des Cinquante (1762), Traité sur la tolérance (1763), Questions sur les miracles (1765), Examen important de Milord Bolingbroke (1766), le Dîner du comte de Boulainvilliers (1768), Collection d'anciens évangiles (1769), Dieu et les hommes (1769), la Bible enfin expliquée (1776), Histoire de l'établissement du christianisme (1777).

Voltaire a des alliés dans ce combat, les encyclopédistes d'Alembert et Marmontel, et il prend leur défense quand ils sont persécutés. Mais, à mesure que se développe en France une philosophie athée, dont les porte-parole sont, entre autres, Diderot et d'Holbach, il ressent le besoin de raffermir les bases de sa propre philosophie, qui est loin d'être toute négative. Il le fait dans des dialogues comme le Douteur et l'Adorateur (1766 ?), l'A.B.C. (1768), les Adorateurs (1769), Sophronime et Adelos (1776), Dialogues d'Evhémère (1777) et dans des opuscules comme le Philosophe ignorant (1766), Tout en Dieu (1769), Lettres de Memmius à Cicéron (1771), Il faut prendre un parti ou le principe d'action (1772).

1.7.3. LE POLÉMISTE ENGAGÉ

Voltaire promettant son appui à la famille Calas
Enfin, la satire et la discussion ne suffisent pas à Voltaire. Il fait appel à l'opinion publique et intervient dans des affaires judiciaires qui l'occupent et l'angoissent pendant plusieurs années : affaires Calas, Sirven, Montbailli, La Barre, Lally-Tollendal. Les Contes (l'Ingénu, la Princesse de Babylone, l'Histoire de Jenni, le Taureau blanc) sont la synthèse fantaisiste de toutes ces polémiques et de toutes ces réflexions, pour la joie de l'imagination et de l'intelligence…
Le 5 février 1778, après avoir envoyé devant lui en reconnaissance Mme Denis, Voltaire part sans autorisation pour Paris et y arrive le 19. Sa présence soulève la foule, les visiteurs se pressent à son domicile, la loge des Neuf-Sœurs lui donne l'initiation. L'Académie française lui fait présider une de ses séances, la Comédie-Française – où l'on joue sa pièce Irène – fait couronner son buste sur la scène en sa présence.

Voltaire meurt le 30 mai, en pleine gloire. Son cadavre, auquel le curé de Saint-Sulpice et l'archevêque de Paris refusent la sépulture, est transporté clandestinement et inhumé dans l'abbaye de Seillières par son neveu, l'abbé Vincent Mignot.
Après la Révolution, le 11 juillet 1791, son corps entre en grande pompe au Panthéon, accompagné par l'immense cortège des citoyens reconnaissants, lors de la première cérémonie révolutionnaire qui se déroule sans la participation du clergé. Son épitaphe porte ces mots : « Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance, il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité. Poète, historien, philosophe, il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre. »

2. L'ŒUVRE DE VOLTAIRE
2.1. LE VOLTAIRE HISTORIEN
2.1.1. UNE NOUVELLE MÉTHODE HISTORIQUE

Voltaire a voulu que l'histoire soit philosophique et n'a cessé de faire avancer parallèlement ses travaux historiques et ses réflexions sur les méthodes et les objectifs de l'historien. Parti d'une conception épique et dramatique, qui a pu faire dire que la Henriade était une histoire en vers et l'Histoire de Charles XII une tragédie en prose, il a voulu ensuite faire le tableau d'un moment de haute civilisation dans un pays (le Siècle de Louis XIV), puis retracer l'histoire de la civilisation dans l'univers entier, en commençant au point où Bossuet avait arrêté son Discours sur l'histoire universelle (Essai sur les mœurs et l'esprit des nations et sur les principaux faits de l'histoire depuis Charlemagne jusqu'à Louis XIII, qui devait d'abord être une Histoire générale ou une Histoire de l'esprit humain).
Voltaire entend respecter plusieurs principes, qu'il a de mieux en mieux précisés avec le temps : les faits doivent être exactement établis, contrôlés par la consultation des témoins oculaires et des documents écrits ; tout ce qui est contraire à la raison, à la vraisemblance et à la nature doit être écarté ; les récits légendaires et les miracles n'ont pas leur place dans une œuvre historique, sauf comme exemples de la crédulité et de l'ignorance des siècles passés. Voltaire reproche à ses prédécesseurs et à ses contradicteurs moins leur manque de connaissances que leur manque de jugement. Il s'acharne à dénoncer leurs « bévues » et leurs « sottises ».
Tous les faits, même avérés, ne sont pas à retenir : l'érudition historique a réuni depuis le début du xviie s. une immense documentation, et le critère du tri à faire dans cette documentation est la signification humaine des faits. De sorte que Voltaire s'intéresse moins aux événements, batailles, mariages, naissances de princes, qu'à la vie des hommes « dans l'intérieur des familles » et « aux grandes actions des souverains qui ont rendu leurs peuples meilleurs et plus heureux ». Il ne renonce pas à raconter : l'Histoire de Charles XII est une narration. Les chapitres narratifs dans le Siècle de Louis XIV sont les plus nombreux, mais le récit est rapide et clair. Il vaut une explication et il comporte une signification critique, parfois soulignée d'un trait d'ironie.
Les idées, la religion, les arts, les lettres, les sciences, la technique, le commerce, et ce que Voltaire appelle les « mœurs » et les « usages », occupent une place croissante : ils constituent la civilisation, dont Voltaire écrit l'histoire, sans la nommer, puisque le mot n'existait pas encore.

2.1.2. TROIS CAUSES À L'ŒUVRE DANS L'HISTOIRE
Voltaire voit agir dans l'histoire trois sortes de causes : les grands hommes, le hasard et un déterminisme assez complexe, où se combinent des facteurs matériels – comme le climat et le tempérament naturel des hommes – et des facteurs institutionnels, comme le gouvernement et la religion. De ces dernières causes, il ne cherche pas à démêler le « mystère » : il lui suffit d'affirmer que tout s'enchaîne. Le hasard est ce qui vient dérouter les calculs humains, les petites causes produisant les grands effets. Ici encore, Voltaire est en garde contre une explication trop ambitieuse de l'histoire. Quant aux grands hommes, ils peuvent le mal comme le bien, selon leur caractère et selon le moment où ils apparaissent. Ceux qui comptent aux yeux de l'historien sont ceux qui ont conduit leur pays à un sommet de civilisation : Périclès, Philippe de Macédoine et Alexandre le Grand dans la Grèce antique ; César et Auguste à Rome ; les Médicis au temps de la Renaissance italienne ; Louis XIV dans la France du xviie s.
Voltaire n'ignore pas que ces grands hommes ont rencontré des circonstances favorables et ont été puissamment secondés, qu'ils n'ont pas tout fait par eux-mêmes, que, dans l'intervalle des siècles de « génie », l'humanité a continué à progresser. Mais son scepticisme et son pessimisme sont plus satisfaits de reporter sur quelques individus exceptionnels l'initiative et la responsabilité de ce qui fait le prix de la vie humaine.

2.1.3. UNE HISTOIRE POLÉMIQUE

Voltaire écrit l'histoire également en polémiste et, malgré son désir de tout comprendre, en civilisé de l'Europe occidentale. Ses jugements sont orientés par les combats philosophiques, par les problèmes propres à son époque et par les intérêts d'un homme de sa culture et de son milieu. Il est assez mal informé des mécanismes économiques. Il considère comme plus agissantes les volontés humaines. Il a délibérément renoncé à rendre compte du mouvement de l'histoire par un principe philosophique, métaphysique, sociologique ou physique : il pense que l'histoire, à son époque, doit devenir une science, non pas parce qu'elle formulera des lois générales, mais parce qu'elle établira exactement les faits et déterminera leurs causes et leurs conséquences.
Plusieurs de ces défauts qu'on reproche à Voltaire sont sans doute des qualités. En tout cas, les discussions actuelles sur l'ethnocentrisme ou sur la possibilité d'une histoire scientifique prouvent qu'on ne peut opposer à la conception voltairienne de l'histoire que des conceptions aussi arbitraires. Il reste que Voltaire a débarrassé l'histoire de la théologie et de toute explication par la transcendance, et qu'il l'a, en sens inverse, arrachée à l'événementiel, à la collection minutieuse de faits particuliers.
Historien humaniste, Voltaire a établi un ordre de valeurs dans les objets dont s'occupe l'histoire, mettant au premier rang le bonheur sous ses formes les plus évoluées. Il a ainsi fait apparaître un progrès que l'historien ne doit pas seulement constater, mais auquel il doit contribuer en inspirant l'horreur pour les crimes contre l'homme. Au récit des actions commises par les « saccageurs de province [qui] ne sont que des héros » (Lettre à A.M. Thiriot, 15 juillet 1735), il a tenté de substituer le récit d'une action unique : la marche de l'esprit humain.

LES PRINCIPAUX ESSAIS HISTORIQUES DE VOLTAIRE
2.2. LE VOLTAIRE DRAMATURGE
Au théâtre, l'échec est presque complet, si l'on met à part l'utilisation de la scène comme d'une tribune. Voltaire aimait trop le théâtre : l'histrion en lui a tué le dramaturge, qui, pourtant, avait des idées nouvelles et n'avait pas en vain essayé de comprendre Shakespeare – dont il reste le principal introducteur en France. Son plus grand succès théâtral fut Zaïre (1732) : la pièce a été traduite dans toutes les langues européennes et jouées par les comédiens-français 488 fois jusqu'en 1936.
Il y a certes de beaux passages, du pathétique, du chant dans les tragédies d'avant 1750 (Zaïre, 1732 ; Mérope, 1743). Mais peut-être faudrait-il mettre toutes les autres en prose pour faire apparaître leurs qualités dramatiques. On peut trouver un réel intérêt à quelques pièces en prose, étrangères à toute norme, comme Socrate (1759) ou l'Écossaise (1760) : pour Voltaire, c'était d'abord des satires, elles ont pourtant un accent moderne qui manque trop souvent aux drames de Diderot, Sedaine et Mercier.

LES PRINCIPALES PIÈCES DE VOLTAIRE
2.3. LE VOLTAIRE PHILOSOPHE
2.3.1. LE REFUS DE LA MÉTAPHYSIQUE

Si le philosophe est celui dont toutes les pensées, logiquement liées, prétendent élucider les premiers principes de toutes choses, Voltaire n'est pas un philosophe. Ce qu'il appelle philosophie est précisément le refus de la philosophie entendue comme métaphysique. Qu'est-ce que Dieu, pourquoi et quand le monde a-t-il été créé, qu'est-ce que l'infini du temps et de l'espace, qu'est-ce que la matière et qu'est-ce que l'esprit, l'homme a-t-il une âme et est-elle immortelle, qu'est-ce que l'homme lui-même ? Toutes ces questions posées par la métaphysique, l'homme ne peut ni les résoudre ni les concevoir clairement. Dès qu'il raisonne sur autre chose que sur des faits, il déraisonne. La science physique, fondée sur l'observation et l'expérience, est le modèle de toutes les connaissances qu'il peut atteindre. Encore n'est-il pas sûr qu'elle soit utile à son bonheur.
L'utilité est en effet le critère de ce qu'il faut connaître, et le scepticisme, pour Voltaire comme pour la plupart des penseurs rationalistes de son temps, le commencement et la condition de la philosophie. Mais le doute n'est pas total. Il épargne quelques fortes certitudes :
– que l'existence du monde implique celle d'un créateur, car il n'y a pas d'effet sans cause, et que ce créateur d'un monde en ordre est souverainement intelligent ;
– que la nature a ses lois, dont l'homme participe par sa constitution physique, et que des lois morales de justice et de solidarité, dépendant de cette constitution, sont universellement reconnues, même quand elles imposent des comportements contradictoires selon les pays ;
– que la vie sur cette terre, malgré d'épouvantables malheurs, mérite d'être vécue ;
– qu'il faut mettre l'homme en état de la vivre de mieux en mieux et détruire les erreurs et les préjugés qui l'en séparent.

2.3.2. LE REFUS DE L'ESPRIT DE SYSTÈME
Parce que son argumentation devait changer selon ses adversaires, Voltaire n'hésita pas à se contredire en apparence, unissant en réalité dans des associations toujours plus riches les arguments qu'il employait successivement. Ainsi, le tremblement de terre de Lisbonne lui sert, en 1759, à réfuter Leibniz et Alexander Pope, mais la sécurité des voyages « sur la terre affermie » lui sert, en 1768, dans l'A.B.C., à rassurer ceux qui ne voient dans la création que le mal. La métaphysique de Malebranche est sacrifiée vers 1730 à la saine philosophie de Locke et de Newton, mais l'idée malebranchiste du « Tout en Dieu » est développée dans un opuscule de 1769 et mise au service d'un déterminisme universel déiste, opposé et parallèle au déterminisme athée.
Voltaire ignore la pensée dialectique. Il ne sait pas faire sortir la synthèse du heurt entre la thèse et l'antithèse. Il ne peut qu'appuyer, selon le cas, sur le pour ou sur le contre, non pour s'installer dans un juste milieu, mais pour les affirmer comme solidaires, chacun étant la condition et le garant de l'autre. Ce faisant, il ne se livre pas à un vain jeu de l'esprit. Il est persuadé qu'une vue unilatérale mutile le réel et que, dans l'ignorance où est l'homme des premiers principes et des fins dernières, le sentiment des contradictions assure sa liberté.

2.3.3. LA PHILOSOPHIE COMME MORALE

Toute la philosophie se ramène ainsi à la morale, non pas à la morale spéculative, mais à la morale engagée, qui peut se faire entendre sous n'importe quelle forme : tragédie, satire, conte, poème, dialogue, article de circonstance, aussi bien que sous l'aspect consacré du traité. Voltaire a pourtant été obsédé par les questions qu'il déclare inutiles et insolubles : elles sont au cœur de ses polémiques.
Son esprit critique se dresse contre un optimisme aveugle fondé sur un acte de foi ou sur des raisonnements à la Pangloss, ce personnage de Candide (1759). Dès le début, il n'est optimiste que par un acte de volonté. Son poème le Mondain, si on le lit bien, fait la satire d'un jouisseur que n'effleure aucune inquiétude. Ses malheurs personnels ont confirmé à Voltaire l'existence du mal. Dire qu'il a été bouleversé et désemparé par le tremblement de terre de Lisbonne, c'est gravement exagérer. Mais il s'en prend aux avocats de la Providence avec irritation et tristesse, parce qu'il refuse de crier « tout est bien » et de justifier le malheur.
Voltaire condamne tout aussi énergiquement ceux qui calomnient l'homme, les misanthropes comme Pascal, et, croyant en un Dieu de bonté, il déteste l'ascétisme et la mortification. Il lui faut se battre sur deux fronts, puis sur trois quand entre en lice l'athéisme matérialiste.
Une aptitude sans égale, au moment où il affirme une idée, à saisir et à préserver l'idée contraire, une adresse géniale à l'ironie, qui est le moyen d'expression de cette aptitude, telles sont les qualités de Voltaire philosophe. Sa pensée est inscrite dans l'histoire de l'humanité. Il a passionné plusieurs générations pour la justice, la liberté, la raison, l'esprit critique, la tolérance. On peut redemander encore à son œuvre toute la saveur de ces idéaux, si l'on a peur qu'ils ne s'affadissent.

LES PRINCIPAUX OUVRAGES PHILOSOPHIQUES DE VOLTAIRE
2.4. LE VOLTAIRE CONTEUR

L'ironie voltairienne est intacte dans les romans et les contes « philosophiques », parce qu'ils n'ont pas été écrits pour le progrès de la réflexion ou de la discussion, mais pour le plaisir, en marge des autres œuvres. Voltaire y a mis sa pensée telle qu'il la vivait au plus intime de son être. Elle s'y exprime dans le jaillissement, apparemment libre, de la fantaisie. Ce qui est ailleurs argument polémique est ici humeur et bouffonne invention.
La technique du récit, le sujet des Contes, leur intention ont changé selon les circonstances de la rédaction : Micromégas est plus optimiste, Candide plus grinçant, l'Ingénu plus dramatique, l'Histoire de Jenni plus émue. Ils sont l'écho des préoccupations intellectuelles de Voltaire et de sa vie à divers moments (Zadig [1748] écrit en référence au « roi-philosophe » Frédéric II).
Mais dans tous, Voltaire s'est mis lui-même, totalement, assumant ses contradictions (car il est à la fois Candide et Pangloss) et les dépassant (car il n'est ni Pangloss ni Candide), répondant aux questions du monde qui l'écrase par une interrogation socratique sur ses expériences les plus profondes. Car l'ironie y est elle-même objet d'ironie. Elle enveloppe le naïf, dont les étonnements font ressortir l'absurdité des hommes et la ridiculisent. Elle vise non plus seulement les préjugés et la sottise, mais l'homme en général, être misérable et fragile, borné dans ses connaissances et dans son existence, sujet aux passions et à l'erreur, qui ne peut pas considérer sa condition sans éclater de rire. Ce rire n'anéantit pas ses espérances ni la grandeur de ses réussites, mais signale leur relativité (voyez Micromégas). La finitude et la mort frappent d'ironie toute existence humaine : en épousant l'ironie du destin, en ironisant avec les dieux, l'homme échappe au ridicule, s'accorde à lui-même et à sa condition, et se donne le droit d'être grand selon sa propre norme.
L'ironie de Voltaire est libération de l'esprit et du cœur. Ce que sa pensée peut avoir de rhétorique, de tendancieux, de court quand elle s'exprime dans des tragédies, des discours en vers ou même dans des dialogues, est brûlé au feu de l'ironie. Voltaire n'est dupe d'aucune imposture, d'aucune gravité. Il s'évade par le rire et rétablit le sérieux et le sentimental sans s'y engluer. Il ne court pas le risque de tourner à vide, de tomber dans le nihilisme intellectuel et moral du « hideux sourire » (selon les vers d'Alfred de Musset : « Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire/Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ? », Rolla, 1833). Nullement dérobade d'un esprit égoïste qui ricanerait de tout et ne voudrait jamais s'engager, l'ironie voltairienne est appel au courage et à la liberté. Elle est généreuse.
LES PRINCIPAUX CONTES DE VOLTAIRE


PLAN
*        
    *         1. LA VIE DE VOLTAIRE
        *         1.1. La formation initiale (1694-1713)
        *         1.2. Première expérience de l’écriture polémique (1713-1726)
        *         1.3. Séjour en Angleterre (1726-1728)
        *         1.4. Retour en France : spéculation financière et clandestinité (1728-1734)
        *         1.5. La retraite à Cirey (1734-1750)
        *         1.6. Auprès de Frédéric II de Prusse (1750-1754)
        *         1.7. Le patriarche (1754-1778)
    *         2. L'ŒUVRE DE VOLTAIRE
        *         2.1. Le Voltaire historien
        *         2.2. Le Voltaire dramaturge
        *         2.3. Le Voltaire philosophe
        *         2.4. Le Voltaire conteur

Chronologie

*         1747 Zadig ou la Destinée, conte philosophique de Voltaire.
*         1751 Le Siècle de Louis XIV, ouvrage historique de Voltaire.
*         1751-1772 Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publication dirigée par D. Diderot, précédée du Discours préliminaire de d'Alembert, à laquelle participèrent outre Voltaire, Montesquieu et Rousseau, des médecins et des ingénieurs.
*         1759 Candide, conte de Voltaire.

 

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BIRMANIE

 

 

 

 

 

 

 

Birmanie
en birman Myanmar

Nom officiel : République de l'Union du Myanmar


État d' Asie du Sud-Est, la Birmanie s'ouvre au sud et à l'ouest sur l'océan Indien (mer d'Andaman, golfe du Bengale) ; elle est bordée à l'ouest et au nord-ouest par le Bangladesh et l'Inde, au nord et au nord-est par la Chine, à l'est et au sud-est par le Laos et la Thaïlande. L'Union du Myanmar est composée de 7 États peuplés en partie de populations non birmanes (Arakan [Rakhine], Chan [Shan], Chin, Kachin, Karen [Kayin], Kayah, Môn), et de 7 provinces proprement birmanes (Irrawaddy [Ayeyarwady], Magwe [Magway], Mandalay, Pegu [Bago], Rangoun, Sagaing, Tenasserim [Tanintharyi]) Nay Pyi Taw, la capitale, est un territoire de l'Union sous administration directe du président.

*         Superficie : 678 000 km2
*         Nombre d'habitants : 53 259 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Birmans
*         Capitales : Rangoun et Nay Pyi Taw (capitale administrative)
*         Langue : birman
*         Monnaie : kyat
*         Chef de l'État : Myint Swe
*         Nature de l'État : régime semi-parlementaire
*         Constitution :
    *         Adoption : 29 mai 2008
Pour en savoir plus : institutions de la Birmanie

GÉOGRAPHIE

Le pays regroupe en une fédération, l'Union de Myanmar, l'ancienne colonie anglaise de Birmanie et sept États « périphériques » peuplés de minorités ethniques, parfois turbulentes, qui représentent 20 à 25 % de la population totale, en très large majorité bouddhiste. Coupée par le tropique et située dans le domaine de la mousson, la Birmanie est un pays presque exclusivement agricole, notable producteur de riz ; la culture en est répandue surtout dans le delta de l'Irrawaddy, au débouché de la grande dépression centrale, qui est le cœur du pays. Les autres cultures, vivrières ou commerciales (coton, arachide, canne à sucre, thé, hévéa), sont secondaires. L'exploitation de la forêt (teck, bambou) est la principale ressource (avec l'opium) des régions du pourtour, montagneuses, entaillées par les vallées de la Chindwin, de l'Irrawaddy et du Salouen.


La Birmanie possède quelques ressources minières ainsi que d'importantes réserves de pétrole et, surtout, de gaz naturel (gisement offshore de Yadana et de Shwe). Un essor du tourisme s'amorce avec la détente politique.
1. LE MILIEU NATUREL
1.1. LE RELIEF
Le pays comprend trois grandes zones méridiennes : au centre, une dépression de près de 1 000 km de long (bassin de haute Birmanie et delta de basse Birmanie) ; à l'ouest, l'Arakan Yoma ; à l'est, les monts des Kachins (plus de 6 000 m), le plateau Chan et le Tenasserim. Les montagnes, difficilement pénétrables, cernent donc de toutes parts la longue dépression centrale, qui est d'ailleurs accidentée de collines, voire de chaînons (Pegu Yoma) et de volcans éteints, et qui est parcourue par l'Irrawaddy, par son affluent le Chindwin et par le Sittang. Le Salouen, par contre, dont la plus grande partie du cours traverse en gorges le plateau Chan, formant le plus grand canyon du monde, reste, à l'est, en marge de la dépression birmane. Le plateau Chan et le Tenasserim sont constitués de terrains anciens, notamment de calcaires sombres et durs et de granites riches en cassitérite (étain) et en wolfram (tungstène) : ils dominent par un escarpement de faille – de 1 500 m – la dépression birmane, dont les terrains tertiaires (grès, sables, argiles), parfois pétrolifères, sont plissés et en partie affectés par le volcanisme quaternaire.
1.2. LE CLIMAT
Entre 15 et 28° de latitude nord, la Birmanie a un climat chaud, à pluies d'été (mai-novembre) dues à la mousson. Celle-ci déverse des précipitations extrêmement abondantes sur l'Arakan et le Tenasserim (plus de 5 000 mm à Akyab et à Tavoy), couverts de forêts denses sempervirentes, et sur le delta de l'Irrawaddy (plus de 2 000 mm à Rangoun). Par contre, le bassin de haute Birmanie, « sous le vent », est sec (moins de 1 000 mm, parfois moins de 600 m), avec des pluies très irrégulières : les versants montagneux portent une forêt sèche riche en tecks ; ailleurs des épineux et, dans les plus bas fonds, des lacs salés. L'Irrawaddy, axe du pays, est navigable sur 1 600 km.
2. LA POPULATION
État à l'unité fragile (dont les structures fédérales restent encore floues), la Birmanie est une mosaïque ethnique. Habitant la dépression centrale, drainée par l'Irrawaddy, les Birmans proprement dits, bouddhistes et de langue tibéto-birmane, sont majoritaires : ils représenteraient de 65 à 75 % de la population mais mais n'occuperaient qu'environ 53 % du territoire. Des minorités d'importance diverse se partagent les zones périphériques et occupent les montagnes selon un étagement précis. Les Arakanais, en partie islamisés, à l'ouest, et les Môns de l'État Môn et du Tenasserim (auj. Tanintharyi), à l'extrême sud, sont proches des Birmans.
Au sud-est, les Karens, montagnards animistes en partie christianisés, de langue proche du birman, comprennent divers sous-groupes, formant l'une des importantes ethnies minoritaires du pays avec environ 7 % de la population ; on les rencontre aussi dans le delta de l'Irrawaddy.
Plus au nord, on trouve les Chans (ou Shans), la minorité qui serai la plus nombreuse, bouddhistes apparentés aux Thaïs, et des tribus montagnardes proto-indochinoises (Palaungs, Was). Enfin, au nord et au nord-ouest, les montagnards Kachins et Chins, de langues tibéto-birmanes, n'ont pas subi l'influence indienne et sont restés animistes ou ont été en partie christianisés. Les minorités indienne et chinoise, bien représentées dans les villes avant la Seconde Guerre mondiale, ont beaucoup diminué.
La population birmane est d'une densité plutôt faible (78 habitants par km2), sauf dans les deltas du Sud et dans le bassin de Mandalay, fortement peuplés. La plus grande ville, Rangoun, regroupe 4 millions d'habitants. La population a vu son taux d'accroissement naturel diminuer à la fin des années 1990 pour atteindre 1,2 % par an. La natalité (21 ‰) et la fécondité (2,8 enfants par femme) restent, cependant, encore soutenues. La population est relativement jeune (33 % des Birmans ont moins de 15 ans) et faiblement urbanisée (27 % de citadins).
3. L'ÉCONOMIE
La Birmanie bénéficie de ressources minières (plomb, zinc, étain, tungstène, argent, pierres précieuses) situées, en majeure partie, dans les montagnes des États des Chans et de Kawthoolei ainsi que dans le Tenasserim. Mais l'industrie extractive est en régression.

L'agriculture domine l'économie, occupant près des deux tiers des actifs et fournissant 25 % du produit intérieur brut. La principale production agricole est le riz, dont une grande partie est exportée. La basse Birmanie, et surtout le delta de l'Irrawaddy (30 000 km2), constitue le grenier à riz du pays, grâce à des conditions naturelles favorables (pluies régulières, sol fertilisé par le fleuve). Cette monoculture commerciale, pratiquée de manière extensive, a longtemps profité à la grande propriété, souvent aux mains d'usuriers d'origine indienne. Après une première réforme agraire en 1954, la terre a été décrétée propriété d'État en 1970. Outre le riz, la Birmanie exporte également du bois (teck). En haute Birmanie, région pittoresque comptant sept anciennes capitales (dont Pagan et Mandalay), mais aux conditions plus difficiles (climat semi-aride, sols médiocres, sauf pour les îles de l'Irrawaddy), on trouve des cultures plus diversifiées (riz, millets, arachide, coton, légumes, tabac) et de l'élevage. L'artisanat (tissage du coton et de la soie, fabrication de cigares) y est réputé. Enfin, dans la zone proche de la Chine, de la Thaïlande et du Laos, dite « triangle d'or », la culture du pavot prospère. Rangoun, la capitale, est la première ville du pays (4 millions d'habitants dans l'agglomération) et le seul grand port, bénéficiant des liaisons fluviales avec l'intérieur. En 2005, une capitale administrative est créée dans le centre du pays, à Nay Pyi Taw (ou Naypyitaw), près de Pyinmana, à 200 km environ au N. de Rangoun.
Les principaux partenaires commerciaux de la Birmanie sont la Thaïlande (premier client), la Chine (premier fournisseur et investisseur étranger), l'Inde, Singapour, le Japon, la Corée du Sud et la Malaisie. Le pays exporte du gaz naturel (à partir des gisements offshore de Yadana et de Shwe), du pétrole, des pierres précieuses et semi-précieuses (rubis, jade), du bois de teck, divers produits agricoles (haricots secs, sésame). La Birmanie est perçue comme l'un des pays d'Asie les plus corrompus et affiche un développement humain parmi les plus bas de la région.
Depuis 2010, le nouveau gouvernement a mis en place une politique d'ouverture économique par le biais des privatisations et de la libéralisation du secteur financier.

HISTOIRE
1. DES ORIGINES À LA COLONISATION BRITANNIQUE

C'est au début de notre ère qu'arrive dans l'actuelle Birmanie une peuplade tibéto-birmane, les Pyus. Ceux-ci s'installent progressivement dans la vallée de l'Irrawaddy, au sud de laquelle ils entrent en contact avec les Môns. C'est à travers les Pyus que la civilisation indienne et le bouddhisme pénètrent en Birmanie.
Môns et Birmans vont vite s'affronter pour le contrôle du pays ; le conflit durera un millénaire, jusqu'à l'anéantissement des royaumes môns au xviiie siècle.
Au viiie siècle, des populations thaïes – les Chans – arrivent sur le plateau oriental, constituant la plus importante minorité d'un pays au peuplement hétérogène.
Créé au ixe siècle, le royaume birman de Pagan connaît son apogée avec la formation du premier empire par Anoratha (1044-1077), qui soumet les Môns et conquiert leur capitale, Thaton (1057) ; il organise l'empire et étend sa suzeraineté. En 1287, Pagan est prise par les troupes mongoles de Kubilay et, en 1299, elle est brûlée par les Chans.
Le pays se morcelle (royaume môn de Pegu, 1387-1539 ; dynastie chan d'Ava, 1364-1555) et ce n'est qu'au xvie siècle que les rois de Toungoo, Tabinshweti puis Bayinnaung, rétablissent l'unité du pays. Celle-ci est de courte durée, et il faut attendre le milieu du xviiie siècle pour qu'Alaungpaya fonde le troisième empire birman (dynastie Konbaung, 1752-1885), qui conquiert Ayuthia (1767), l'Arakan (1785), le Manipur (1759 et 1817) et l'Assam (1817). Entre-temps, la capitale se déplace vers Rangoun.
2. LA COLONISATION BRITANNIQUE
Déjà installés en Inde, les Anglais vont, par trois guerres successives (1824-1826, 1852, 1885), conquérir le pays et abolir la monarchie. La Birmanie devient une province de l'Empire des Indes (1er janvier 1886). Face à l'exploitation coloniale des richesses du pays, le mouvement nationaliste ne va pas tarder à s'affirmer.
Le premier parti, celui des Thakins (« Maîtres »), est fondé en 1929 par Aung San et U Nu. En 1937, la Birmanie est séparée des Indes britanniques et s'achemine vers l'autonomie lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale. Occupée par les Japonais (1942-1945), elle est le théâtre de violents combats dont sortiront victorieuses les troupes de Mountbatten.
3. INDÉPENDANCE ET GUERRES CIVILES
Le 4 janvier 1948, l'Union birmane accède à l'indépendance. Aung San ayant été assassiné (juillet 1947), U Nu prend la tête du gouvernement. En dépit de l'accord de Panglang (février 1947) entre les Birmans et les autres ethnies, les Karens (1948), puis les Kachins (1949) prennent les armes pour obtenir l'autonomie. À la même époque, le parti communiste birman se lance dans la lutte armée. Dès lors, le gouvernement central s'épuise dans une guerre civile sans fin contre les mouvements nationalistes et révolutionnaires. La situation économique du pays est difficile et U Nu se lance dans un programme de réformes au nom du socialisme bouddhique.
En septembre 1958, les militaires prennent le contrôle du pouvoir et le général Ne Win devient Premier ministre. À la suite des élections de février 1960, U Nu revient au pouvoir. Il nationalise certains secteurs économiques et proclame le bouddhisme religion d'État (août 1961). En 1961, les minorités, réunies à Taunggyi, réclament une nouvelle Constitution reconnaissant l'égalité et l'autonomie des différents États de l'Union. Ce projet est mis au point le 1er mars 1962 par le Parlement.
4. COUP D'ÉTAT MILITAIRE ET « SOCIALISME BIRMAN »
Le lendemain, l'armée reprend le pouvoir et le général Ne Win revient à la tête d'un nouveau gouvernement militaire et d'un Conseil révolutionnaire. Il fait emprisonner U Nu, suspend la Constitution et dissout le Parlement. Les postes de commande sont confiés à des officiers. Rangoun contrôle plus étroitement les États. L'abolition des structures traditionnelles entraîne, en 1962, le soulèvement des Chans.
Au nom de la « Voie birmane vers le socialisme », qui s'appuie sur le parti du Programme socialiste birman (BSPP) – devenu parti unique (mars 1964) –, Ne Win décide d'étatiser les principaux secteurs de l'économie, dans le cadre d'un « État socialiste ». Cette politique fait peser une lourde charge financière sur le pays, qui doit dédommager les banques et actionnaires étrangers. De plus, incompétence et corruption vont fortement obérer le développement de la Birmanie.
En cinq ans, de 1962 à 1967, la production de riz baisse de un million de tonnes. Le revenu par habitant est un des plus bas du monde ; la production agricole et industrielle a de la peine à suivre la progression démographique, et le commerce extérieur connaît de graves difficultés.
Les insurrections reprennent, mobilisant contre elles le gros des forces armées. Le parti communiste prochinois du « drapeau blanc », qui groupe des milliers de maquisards retranchés dans des bases proches de la frontière de la Chine, est le plus menaçant. Bien qu'ayant subi de nombreux revers (mort de leur chef Thakin Than Tun [1968], puis mort de son successeur [1975] lors de la prise de la base des monts Pégu), les maquisards du « drapeau blanc », dirigés par Thakin Ba Thein (réfugié en Chine), étendent leur influence chez les Chans et les Kachins. Mais, morcelées, les minorités parviennent difficilement à s'unir de façon durable.
U Nu, qui a été libéré en 1966, se réfugie en Thaïlande et tente vainement d'organiser la résistance contre Ne Win. En 1967, ce dernier, qui poursuit sa diplomatie de non-alignement, doit faire face à une très grave crise. Des manifestations antichinoises ensanglantes Rangoun en juin, et les relations sont suspendues entre la Chine et la Birmanie. Les efforts de Ne Win aboutissent en 1970 à la normalisation des relations sino-birmanes.
En décembre 1973, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, et la Birmanie devient République socialiste. Le Conseil révolutionnaire remet ses pouvoirs au Congrès du peuple (Pyithu Hluttaw). Les élections législatives de janvier-février 1974 ne modifient pas la situation. Dès juin, l'armée réprime brutalement des manifestations ouvrières à Rangoun. En décembre, des émeutes estudiantines ont lieu dans la capitale à l'occasion des obsèques de U Thant, l'ancien secrétaire général des Nations unies ; la loi martiale est proclamée. Le gouvernement décide une timide ouverture aux capitaux et investissements étrangers. Il s'ensuit un léger début de redressement économique.
En juin 1976, alors que les manifestations reprennent à Rangoun, plusieurs mouvements nationalistes créent le Front uni, pour lutter contre le pouvoir central. Des rivalités au sein du parti ne remettent pas en cause le pouvoir du président Ne Win, assisté du général San Yu, secrétaire général du BSPP et du Conseil d'État. En avril-mai 1978, les exactions de l'armée entraînent la fuite vers le Bangladesh de 200 000 musulmans birmans – les Rohingyas –, dans des conditions dramatiques. Ils seront rapatriés en 1979 sous l'égide des Nations unies.
En septembre 1979, la Birmanie décide de se retirer du mouvement des pays non-alignés. En 1981, Ne Win abandonne ses fonctions, tout en conservant la présidence du parti et en continuant en fait à diriger le pays. San Yu est élu à la présidence de la République après avoir quitté le secrétariat général du parti.
5. LE SLORC ET L'OPPOSITION DÉMOCRATIQUE

En 1988, une vague de manifestations, durement réprimées, signe l'échec politique et économique du régime. En juillet, Ne Win quitte la direction du BSPP. Le général Sein Lwin, surnommé le « boucher de Rangoun », lui succède et remplace San Yu à la présidence de la République le 27 du même mois. Après avoir écrasé de nouvelles émeutes et une grève générale au prix de milliers de morts en août, il doit céder la place au civil Maung Maung.
L'opposition prodémocratique s'étend à toutes les classes de la société. La fille d'Aung San, le héros de l'indépendance, Aung San Suu Kyi en devient la figure de proue. Au prix d'une répression sanglante, l'armée reprend le pouvoir et forme, le 18 septembre, le State Law and Order Restoration Council (SLORC), avec à sa tête le général Saw Maung, qui ordonne arrestations en masse et exécutions ; des opposants se réfugient à la frontière thaïlandaise. Cependant, le multipartisme est instauré, et les élections qui ont lieu le 27 mai 1990 consacrent la victoire écrasante de la National League for Democracy (NLD), dont la secrétaire générale, Aung San Suu Kyi, a été placée en résidence surveillée. Le BSPP, devenu le National Unity Party (NUP), est balayé. Refusant de tenir compte de ces élections, la junte poursuit la répression, s'en prenant même aux moines bouddhistes. Condamné par la communauté internationale, isolé diplomatiquement – Aung San Suu Kyi, toujours prisonnière, reçoit le prix Nobel de la paix en 1991 –, le régime n'est plus soutenu que par la Chine, qui lui fournit une aide militaire contre des avantages stratégiques.
Le 23 avril 1992, Saw Maung cède la place au général Than Shwe, qui inaugure une politique d'apaisement et d'ouverture économique, destinée à améliorer l'image du pays. Une convention, dans laquelle siège la NLD, est nommée pour préparer une nouvelle Constitution. Aung San Suu Kyi, libérée en juillet 1995, mais étroitement surveillée, s'efforce de relancer la dynamique d'opposition. En décembre, la NLD quitte la convention, mais subit une répression sévère alors qu'elle tente de tenir un congrès. Des centaines d'arrestations paralysent à nouveau le mouvement à la fin de 1996.
Encouragé par ses espoirs de croissance économique, le SLORC parvient à négocier des accords de cessez-le-feu avec la quinzaine de mouvements ethniques en rébellion contre l'autorité centrale, dont certains, comme les Karens, depuis 1949. Khun Sa, « seigneur de la drogue », se soumet en janvier 1995. Le SLORC, épuré de ses membres les plus corrompus, se transforme, en novembre 1997, en State Peace and Development Council (SPDC), composé de 19 membres et où rivalisent, sous la présidence de Than Shwe, la faction dure du général Maung Aye, chef des forces armées, et celle, plus pragmatique, du général Khin Nyunt, l'« homme fort » des services secrets, tandis que Ne Win maintient son influence.
En juillet 1997, la Birmanie entre dans l'ASEAN. Déconcertée par l'échec du modèle indonésien de Suharto, en 1998, la junte continue sa lutte contre le mouvement d'Aung San Suu Kyi (NLD), tandis que cette dernière, au péril de sa vie, développe son action et, face à la crise économique, appelle la convocation du Parlement issu des élections de 1990. Mais l'arrestation en septembre 1998 de plusieurs centaines d'opposants montre la volonté farouche des dirigeants de ne rien céder aux démocrates.

6. LE TRIOMPHE DE LA LIGNE DURE
Tandis que les États-Unis et l'Union européenne maintiennent leurs sanctions à l'égard du régime, celui-ci mise sur la « solidarité asiatique » pour briser son isolement. Un diplomate malaisien obtient, fin 2000, la reprise du dialogue avec Aung San Suu Kyi. Libérée en mai 2002, celle-ci est arrêtée de nouveau en mai 2003.
Entre-temps, un remaniement gouvernemental, la condamnation à mort du gendre de Ne Win et de ses fils, des limogeages au sein des forces armées montrent que des luttes opposent toujours les factions de la junte. La situation économique est catastrophique (inflation de 60 % en 2002, chute du kyat) et seul le commerce transfrontalier, surtout avec la Chine (bois et pierres précieuses), permet aux militaires birmans d'éviter la banqueroute. Ces derniers essuient un échec diplomatique sérieux lorsque l'ASEAN condamne l'arrestation d'Aung San Suu Kyi. Le général Ne Win meurt le 5 décembre 2002 dans l'indifférence.
Alors que de nouvelles arrestations confirment le blocage de la situation, le général Khin Nyunt est nommé Premier ministre par Than Shwe en août 2003. Il fixe aussitôt une « feuille de route » vers la démocratie : il s'agirait de réactiver la Convention nationale (suspendue en 1996 après le retrait de la LND) pour rédiger une Constitution, qui serait ratifiée par référendum avant des élections législatives. Khin Nyunt fait des ouvertures vers les minorités rebelles et conclut des trêves. En septembre 2003, Aung San Suu Kyi, sortie de prison pour subir une opération chirurgicale, est de nouveau assignée à résidence chez elle, à Rangoun. Malgré quelques libérations de personnalités politiques, la Convention nationale, ouverte en mai 2004, est boycottée par la NLD et plusieurs groupes ethniques.
Khin Nyunt est évincé en octobre, officiellement pour « corruption ». Le service des renseignements, qu'il dirigeait depuis 1984, et qui avait, semble-t-il, tenté de prendre le contrôle du commerce frontalier avec la Chine, est alors épuré. Procès et condamnations se poursuivent jusqu'en 2005. Le général Soe Win, premier secrétaire du SPDC, succède à Khin Nyunt. La ligne « dure » triomphe. La Convention nationale, réunie dans un camp sous haute surveillance, se sépare en avril 2005 sans alléger les frustrations. La chute de l'empire financier et commercial de Khin Nyunt contribue à aggraver les difficultés économiques. Dans ce pays en ruine, le budget militaire est trois fois plus important que ceux de l'Éducation et de la Santé réunis. La junte pratique le travail forcé au bénéfice des entreprises qui investissent dans le pays (Total).
La Chine maintient son soutien et son « amitié fraternelle » au régime birman, à qui elle fournit armements et aide économique, obtenant en contrepartie un accès convoité vers le golfe du Bengale et du gaz (accord de 2005). Cela n'est pas sans inquiéter l'Inde (accord pour la construction d'un gazoduc en 2006), les États Unis, le Japon et l'ASEAN, dont la Birmanie, doit assurer, en 2006, la présidence tournante (elle y renoncera peu avant).
Par ailleurs, voulant revenir à la tradition royale et par crainte d'une intervention américaine ou d'une invasion thaïlandaise, la junte entreprend, fin 2005, de déménager la capitale dans le centre du pays, à proximité de Pyinmana et à 300 km environ au nord de Rangoun. La nouvelle capitale est baptisée Nay Pyi Taw (ou Naypyidaw, « Cité royale »).

En août-septembre 2007, des mouvements de protestation populaires contre une brusque augmentation du prix des carburants et leur brutale répression par les forces de l'ordre remettent au premier plan la « question birmane ». L'ensemble de la communauté internationale (l'ONU, l'Union européenne, les États-Unis, mais également la Chine et l'ASEAN) exhorte les autorités birmanes à la modération en les appelant à engager le dialogue avec l'opposition, en particulier avec Aung San Suu Kyi, dont l'assignation à résidence a été prorogée d'un an en 2006.
L'envoyé spécial des Nations unies pour la Birmanie, Ismaïl Gambari, chargé de promouvoir un dialogue entre la junte et la société birmanes, se heurte à de nombreux obstacles mais parvient à rencontrer Aung San Suu Kyi en mars 2008. Invoquant la « souveraineté » de la Birmanie, la junte militaire campe sur ses positions et refuse tout geste significatif s'agissant des prisonniers politiques et des personnes détenues à la suite des manifestations.
Le 3 mai 2008, le typhon Nargis provoque un désastre humanitaire (2,4 millions de sinistrés). Alliant l'inflexibilité au cynisme, la junte n'accepte l'aide internationale qu'au compte-gouttes et dans cette situation chaotique, fait adopter par référendum une nouvelle Constitution afin de pérenniser son pouvoir dans la perspective des élections prévues en 2010. Réservant aux militaires certains des ministères clés et un quart des sièges dans les deux chambres, le texte interdit également aux personnes ayant épousé un étranger de se porter candidat. Cette clause ad hoc vise Aung San Suu Kyi dont l'assignation à résidence est renouvelée d'un an le 27 mai et qui est de nouveau arrêtée le 14 mai 2009 pour avoir laissé un ressortissant américain séjourner chez elle. Au terme d'un procès de près de trois mois, l'opposante, dont la popularité est toujours redoutée par les militaires, est condamnée à dix-huit mois de résidence surveillée malgré les démarches en faveur de sa libération du secrétaire général de l'ONU ainsi que de l'ASEAN.

7. UN PARAVENT DÉMOCRATIQUE
Boycottées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, officiellement dissoute, les élections générales – d’un Parlement bicaméral et de quatorze assemblées régionales – se tiennent le 7 novembre 2010 en l’absence d’observateurs internationaux. La junte garde la haute main sur la consultation et le parti de la Solidarité et du Développement de l’Union (USDP) qu’elle a créé de toutes pièces, massivement présent et mené par le Premier ministre Thein Sein, l’emporte aisément en s’arrogeant la très grande majorité des sièges à la Chambre des représentants et à celle des nationalités. Parmi les 38 partis autorisés à se présenter (dont le parti de l’Unité nationale, résurgence de la vieille garde militaire, et 21 formations représentant les minorités ethniques), les deux principaux mouvements d’opposition – la Force démocratique nationale, fondée par des dirigeants de la LND ayant refusé le boycott, et le parti démocratique des Nationalités Shan – n’ont pu, faute de moyens, présenter que respectivement 151 et 73 candidats pour les 498 sièges à pourvoir au Parlement au suffrage universel. Le 13 novembre, Aung San Suu Kyi est libérée et lance un appel à l’union de l’opposition et au dialogue entre toutes les forces politiques. En février 2011, le Premier ministre sortant est élu par le collège électoral à la tête de l’État, ainsi que deux vice-présidents, Tin Aung Myint Oo, un ex-militaire, et Sai Mauk Kham, membre de l'USDP.

8. PREMIERS SIGNES D'OUVERTURE
Le gouvernement civil formé en mars 2011 reste sous la surveillance étroite des militaires. Mais, dans le but de briser l’isolement du pays et d’obtenir la levée des sanctions occidentales, il laisse entrevoir une ouverture politique dont prennent acte aussi bien l’opposition intérieure que la communauté internationale. Le contrôle exercé sur les médias est ainsi partiellement assoupli et l’adhésion à des syndicats et le droit de grève sont autorisés ; après la création d’une Commission nationale sur les droits de l’homme, quelque deux cents prisonniers politiques sont libérés (octobre), tandis que la Ligue pour la démocratie est réintégrée dans le jeu politique (novembre).
En décembre, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, effectue une visite historique à Nay Pyi Taw et à Rangoun, la première d'un chef de la diplomatie américaine dans le pays depuis 1955, ouvrant la voie au rétablissement de relations diplomatiques pleines et entières.
La Birmanie resserre parallèlement ses liens avec ses partenaires de l’ASEAN qui accepte de lui confier sa présidence tournante en 2014. Puis, alors qu’une plus vaste amnistie est décrétée et que s’ouvrent des discussions avec la rébellion karen, c’est au tour du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, de se rendre dans le pays (janvier 2012).
Décidée à participer à cette libéralisation encore timide et ayant obtenu la levée des restrictions sur ses déplacements, Aung San Suu kyi s’engage dans la campagne électorale en vue des élections législatives partielles d’avril 2012. Bien que ce scrutin ne concerne que 45 sièges laissés vacants, dont 37 à la Chambre des représentants, sa régularité est considérée comme un nouveau test de la volonté de réforme du gouvernement birman. La très large victoire de la LND et l’élection d’Aung San Suu Kyi dans la région de Yangon marquent ainsi une importante étape dans l'évolution du régime.

9. VERS LA FIN DE L'ISOLEMENT
L’accélération de la libéralisation politique – suppression de la censure, autorisation d’une presse privée, nouvelle libération de prisonniers politiques – et économique – ouverture aux investissements étrangers, réforme de la Banque centrale en vue d’une plus grande autonomie et du développement du secteur bancaire – semble montrer une volonté réelle de réforme de la part du président Thein Sein et de ses alliés.
La normalisation des relations avec les États-Unis peut ainsi se poursuivre : après son passage en septembre 2012 devant l’Assemblée des Nations unies (où il rend hommage à Aung San Suu Kyi en visite aux États-Unis au même moment) et après avoir accueilli Barack Obama en Birmanie en novembre, Thein Sein est le premier chef d’État birman à être reçu à la Maison-Blanche depuis 47 ans en mai 2013.
Parallèlement, en juillet et septembre 2012, Washington met fin aux restrictions sur les investissements américains en Birmanie et lèvent l’interdiction d’importer des produits birmans.
À la suite d’un voyage officiel dans plusieurs pays européens et à Bruxelles (février-mars 2013) le président birman obtient également en avril la levée des sanctions commerciales imposées par l’UE, à l’exception de l’embargo sur les armes. Soucieux ainsi de contrebalancer l’influence de la Chine, la Birmanie améliore aussi ses relations avec l’Inde, la Thaïlande et le Japon.

10. LE LANCEMENT DU PROCESSUS DE PAIX
L’une des avancées mises en avant par Thein Sein est la relance de plusieurs initiatives de paix avec les multiples mouvements rebelles en lutte contre le pouvoir central depuis des décennies pour défendre les droits politiques, économiques et culturels des principales ethnies non birmanes du pays. Des accords de cessez-le-feu locaux ont été signés depuis la fin 2011 notamment avec les rébellions arakanaise, wa, chan, karenni, karen, môn ou certaines de leurs fractions. Cependant, ils ne sont pas toujours respectés et des affrontements éclatent sporadiquement, tandis que des exactions de militaires à l’encontre des populations déplacées sont dénoncées. Les tensions restent particulièrement vives dans l’État Kachin.
Au-delà des trêves susceptibles d’être rompues, un dialogue politique global est engagé au niveau national, avec notamment l’ouverture en novembre 2012 du Myanmar Peace Center, chargé de piloter à plus long terme et de superviser la mise en œuvre du processus de paix qui se heurte à divers obstacles. La coordination entre les groupes armés s’avère difficile malgré l’existence depuis février 2011 d’un Conseil fédéral des nationalités unies (UNFC), principal interlocuteur du gouvernement dans les négociations en cours mais qui ne représente pas la totalité des mouvements. Les plus pessimistes mettent surtout en doute la loyauté de l’armée birmane, avant tout préoccupée par la préservation de ses intérêts économiques acquis dans les zones sous son contrôle.
L’un des enjeux clés des négociations avec les mouvements rebelles étant la révision de la Constitution de 2008 en vue de la création d’un authentique État fédéral, leur issue reste incertaine, même si un accord national de cessez-le-feu est signé par huit guérillas séparatistes, dont l’Union nationale karen, le 15 octobre 2015.
Quant au sort réservé aux Rohingyas, minorité musulmane de l’État de l’Arakan, il s’aggrave de manière inquiétante à la suite de nouvelles violences intercommunautaires en 2012. Privés, pour la plupart d’entre eux, de la nationalité birmane depuis la loi sur la citoyenneté de 1982 et exclus des « races nationales » du pays, car considérés officiellement comme des Bengalis et des « immigrants illégaux », ils sont toujours la cible de brutalités attisées par des extrémistes bouddhistes. De nombreux réfugiés sont déplacés de force dans des camps ou tentent de fuir vers le Bangladesh, et, souvent en vain, vers la Thaïlande, l’Indonésie ou la Malaisie.

11. LA BIRMANIE APRÈS LA VICTOIRE DE LA LND
Le 8 novembre 2015, les premières élections générales démocratiques depuis 1990 sont très largement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qui obtient 255 sièges des 330 sièges à pourvoir à la Chambre des représentants et 135 des 168 sièges à pourvoir à la Chambre des nationalités.
Aung San Suu Kyi étant toujours écartée de cette fonction, en vertu de la clause constitutionnelle de 2008, parce que veuve d’un étranger et mère de citoyens britanniques, c’est l’un de ses plus proches collaborateurs, Htin Kyaw, qui devient le premier président civil de la Birmanie depuis 1988, le 15 mars 2016. Les militaires conservent toutefois d’importants leviers de pouvoir à la Chambre des représentants tout comme dans le gouvernement, à la Défense, l’Intérieur et aux « affaires frontalières ». Cumulant les fonctions de « Conseillère spéciale de l'État », ministre des Affaires étrangères et ministre du Cabinet de la Présidence, Aung San Suu Kyi fait figure de véritable cheffe de l’État.
Cette dernière doit toutefois composer avec l’armée, et son image internationale est passablement ternie par sa réaction timide à la suite d’une intervention militaire en août-septembre 2017 dans l’État de l’Arakan, en proie à de nouvelles tensions. La situation des Rohingyas, qui se réfugient en masse au Bangladesh, suscite cette fois de nombreuses réactions et l’attention des médias – le HCR craignant un « nettoyage ethnique » – qu’elle s’efforce de dissiper.
En mars 2018, à la suite de la démission de Htin Kyaw pour des raisons personnelles et de santé, Win Myint, autre fidèle d’A. San Suu Kuy, accède à la présidence, une fonction devenue largement honorifique.

 

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BÉNIN

 

 

 

 

 

 

 

Bénin
anciennement Dahomey

Nom officiel : République du Bénin


État d'Afrique de l'Ouest baigné au sud par l'océan Atlantique (golfe de Bénin), le Bénin est limité au nord par le Burkina et le Niger, à l'est par le Nigeria et à l'ouest par le Togo.

*         Superficie : 113 000 km2
*         Nombre d'habitants : 10 323 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Béninois
*         Capitale : Porto-Novo
*         Langue : français
*         Monnaie : franc C.F.A.
*         Chef de l'État : Patrice Talon
*         Chef du gouvernement : Patrice Talon
*         Nature de l'État : république à régime présidentiel
*         Constitution :
    *         Adoption : 2 décembre 1990
    *         Entrée en vigueur : 11 décembre 1990
Pour en savoir plus : institutions du Bénin

GÉOGRAPHIE
Au Sud, équatorial et partiellement forestier, s'oppose le Nord, tropical et recouvert de savanes. Le manioc est la base de l'alimentation ; l'huile de palme, le coton et l'arachide sont les principaux produits d'exportation passant par le port de Cotonou, principale ville.

1. LE MILIEU

1.1. LE RELIEF
Étiré sur 670 km entre le 6e et le 12e degré de latitude nord, le Bénin se présente comme une étroite bande de terre s'élargissant légèrement au nord. La façade atlantique (125 km) est bordée de cordons littoraux isolant de vastes plans d'eau lagunaires ou lacustres. En arrière de ce liseré littoral, un plateau légèrement ondulé, formé de matériaux sédimentaires sablo-argileux de couleur rouge, constitue la zone des terres de barre (en portugais barro, argile). C'est une région fertile, où l'ancienne forêt a fait place à la palmeraie et aux cultures de manioc et de maïs. Le reste du pays est un grand plateau entre 200 et 400 m d'altitude, accidenté de quelques inselbergs, ridé par les plissements du Parakou et qui se relève progressivement vers le nord jusqu'au vieux massif de l'Atakora. Cette chaîne, d'altitude modeste (800 m), se présente comme une succession de surfaces cuirassées, emboîtées et inclinées vers le nord ; de direction S.-O./N.-E., elle prend le pays en écharpe parallèlement à la frontière voltaïque.

1.2. LES COURS D'EAU
Le réseau hydrographique comprend deux groupes de cours d'eau à régime irrégulier ; issus pour la plupart de la région du 10e parallèle, ils rejoignent l'Atlantique, soit directement, soit par l'intermédiaire du Niger ou de la Volta.

1.3. LE CLIMAT
Le climat de la zone sud est de type équatorial de transition à deux saisons des pluies (mai-juillet et septembre-octobre) ; cependant, l'effet de mousson est atténué en raison d'un courant frais qui longe la côte d'est en ouest. La tendance tropicale à deux saisons contrastées s'affirme vers le nord ; l'harmattan, qui pénètre fréquemment en janvier jusque sur le rivage atlantique, accentue les amplitudes thermiques et hygrométriques.

2. LA POPULATION

La population, assez dense en moyenne (environ 90 habitants par km2), est inégalement répartie. Le Sud, où se concentrent de nombreuses agglomérations, est particulièrement peuplé, avec notamment Porto-Novo, la capitale, et surtout Cotonou. Le Bénin est, en effet, l'un des pays les plus urbanisés de l'Afrique subsaharienne : 40 % de ses habitants vivent en milieu urbain. De ce fait, on y dénote, plus qu'ailleurs, une modification des comportements démographiques, la fécondité commençant à décroître légèrement (5,4 enfants par femme). Le développement urbain des régions côtières mais aussi l'histoire du pays sont à rapprocher de certaines caractéristiques culturelles et économiques du pays comme l'importance des pratiques religieuses ancestrales (le Vaudou) ou de type syncrétique, ou encore le développement exceptionnel des petites activités dites informelles, propres à couvrir, au moindre coût, les besoins de la vie quotidienne.

3. LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES
Jouxtant le riche Nigeria, doté d'une infrastructure de transport appréciable (port de Cotonou, voie ferrée Cotonou-Parakou, routes bitumées reliant les pays voisins), le Bénin est avant tout voué au commerce (on a parlé, à son sujet, « d'État-entrepôt »), plus souvent incontrôlé que régulier. Son activité est étroitement liée aux variations du taux de change de la monnaie nigériane par rapport au franc C.F.A. qui, malgré la dévaluation de janvier 1994, demeure une monnaie de référence du fait de sa libre convertibilité à taux fixe avec le franc français. Le secteur tertiaire représente officiellement plus de 55 % du P.I.B., chiffre sans doute inférieur à la réalité. De même, les statistiques du commerce extérieur ne sont guère significatives, et il est très vraisemblable que la balance des services et des transferts compense largement l'excédent des importations de marchandises sur les exportations. En raison de l'étirement en latitude du pays, les productions rurales sont assez diversifiées. En simplifiant, on peut dire que le Nord est principalement voué à l'élevage, le Centre au coton (qui fournit la moitié des exportations officielles), le Sud aux cultures destinées à l'approvisionnement des villes ainsi qu'à la pêche (en lagune et en mer), qui fournit un appoint alimentaire appréciable. L'industrie, peu développée, est essentiellement tournée vers la transformation des produits agricoles (textiles et corps gras). Les ressources minières sont, quant à elles, négligeables.
Depuis 1990, le Bénin s'est engagé dans la voie de l'ajustement structurel prôné par le F.M.I. et la B.I.R.D. (privatisations, diminution du nombre des fonctionnaires, rigueur salariale). Cette politique ne va pas sans susciter des tensions, que limite, cependant, la capacité des Béninois à s'organiser de manière informelle.

HISTOIRE

1. LES ROYAUMES DE LA CÔTE DU BÉNIN

1.1. LE ROYAUME DE BÉNIN (XIIe-XVe SIÈCLES)

Le royaume de Bénin est fondé au milieu du xiie siècle. Il atteint son apogée au xve siècle. Le souverain (Oba) en est le monarque absolu, résidant dans un palais, dont la grandeur et la richesse ont impressionné les voyageurs étrangers. Centré sur le Nigeria, le royaume n'occupe qu'une petite partie du Bénin actuel. Les Portugais atteignent ses côtes en 1472.

1.2. LES ROYAUMES DE PORTO NOVO ET DE DAN HOMÉ (XVIIe-XIXe SIÈCLES)
Au xviie s., les Fons dominent la région et les royaumes de Porto Novo (nom donné par les Portugais à la ville de Hogbonou) et de Dan Homé (ou Dahomey) auraient été fondés par deux frères. Le premier, au point de contact entre les royaumes intérieurs et les négriers européens, établit avec eux des relations commerciales essentiellement fondées sur la traite. Il mène une politique d'ouverture aux Français dans la seconde moitié du xixe siècle et devient protectorat en 1883.
Le royaume de Dan Homé, solidement organisé autour de son roi Aho, entreprend de contrôler les clans environnants à partir de la forteresse d'Agbomé (→ royaume d'Abomey). Entraîné par son successeur, le roi Agadja (1708-1732), qui crée l'armée des « amazones », le Dan Homé annexe, en 1724, le royaume d'Allada et, en 1727, le port négrier d'Ouidah (déjà le plus important centre de traite des esclaves de toute l'Afrique de l'Ouest). Il s'affronte avec le royaume d'Oyo, lutte qui durera jusqu'au xixe siècle, chacun voulant s'assurer le contrôle du trafic, négrier notamment, avec la côte.
Sous Guézo, l'administration est affermie, le territoire intérieur est contrôlé. La poursuite de la traite devenant de plus en plus aléatoire, Guézo développe des palmeraies, à une époque où l'Europe se met à rechercher de l'huile de palme. En 1821, il libère le royaume de la tutelle d'Oyo, lance des campagnes victorieuses vers l'est et le nord, mais il doit s'arrêter en 1851 devant Abeokuta.
Son remplaçant, Glélé, continue ses campagnes contre Abeokuta.
Pour en savoir plus, voir l'article traite.

2. LA CONQUÊTE DU DAHOMEY ET LA RÉSISTANCE DE BÉHANZIN (1851-1894)
En 1851, la France signe avec Guézo un traité d'amitié et fait reconnaître son comptoir d'Ouidah. Toutefois, l'autorité du roi sur le port demeure totale. La France s'installe à Grand-Popo en 1857, à Agoué et à Cotonou en 1868.

        Glélé, privé des droits de douane qu'il percevait habituellement, s'insurge contre le traité. Son successeur, Béhanzin, montre la même hostilité. Il doit affronter une première expédition militaire française en 1890, qui aboutit à un compromis, puis une deuxième en 1892, menée par le colonel Alfred Dodds, qui se solde par la prise d'Abomey en novembre 1892.

Béhanzin ne se rend qu'en 1894 avant d'être déporté. La « pacification » du pays ne sera totalement acquise qu'à la fin de la Première Guerre mondiale, après des révoltes dans le nord du pays, liées aux excès de la conscription.

3. LA COLONISATION
Les Établissements français du golfe du Bénin, créés en 1883, deviennent la colonie du Dahomey en 1894, rattachée dix ans plus tard à l'Afrique-Occidentale française (A-OF).

La France met fin aux royaumes, dont elle dénonce la cruauté et la participation à la traite négrière, et applique une politique d'administration directe. Les membres de l'aristocratie sont réduits au rôle de chef de canton ou de village. Grâce à l'appui des missions religieuses, le sud du pays connaît un développement notable de la scolarisation, qui lui vaut d'être surnommé « le Quartier latin de l'Afrique ». De fait, les Dahoméens vont être nombreux à tenir des postes de cadres subalternes et moyens dans les administrations de l'A-OF et même de l'Afrique-Équatoriale française (A-ÉF), ainsi que dans l'armée coloniale.
Le Dahomey bénéficie également d'un certain nombre d'investissements, principalement localisés dans le Sud pour la production, le transport et l'exportation de l'huile de palme. La colonie souffre de la baisse des revenus générés par cette culture commerciale dans les années 1930. Ce n'est qu'après 1945 qu'une attention plus grande sera portée au Nord, insuffisante toutefois pour combler le retard de la région.
La contestation politique, non marxiste, de la situation coloniale s'exprime dès l'entre-deux-guerres. Les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, qui marquent le début de l'évolution de l'« empire français », voient naître une vie politique intense, avec la création de nombreux partis et de journaux, souvent éphémères. Peu à peu, trois personnalités émergent, dont les rivalités vont marquer durablement le pays : Sourou Migan Apithy, originaire de Porto-Novo (Sud-Est), est le premier député élu à l'Assemblée constituante française en 1945 ; il est rejoint au Palais-Bourbon en 1951 par Hubert Maga, né dans le Nord, où il est très implanté ; le troisième homme, Justin Ahomadegbé, s'appuie quant à lui sur les Fons d'Abomey (Sud-Ouest).

4. INDÉPENDANCE ET INSTABILITÉ POLITIQUE (1960-1972)
Avec la loi-cadre « Defferre » de 1956, les territoires d'outre-mer accèdent à l'autonomie interne, puis sont appelés en 1958 à voter sur le statut d'État membre de la Communauté.
Le Dahomey, comme tous les autres pays d'Afrique francophone, à l'exception de la Guinée de Sékou Touré, vote « oui » à une écrasante majorité, mais les abstentions sont nombreuses (44 %).
Lors de l'indépendance, le 1er août 1960, Hubert Maga, qui, en 1959, a succédé à S. M. Apithy au poste de Premier ministre, continue d'assumer le pouvoir et devient président de la République. Les deux leaders ont formé une alliance, et S. M. Apithy devient vice-président. Mais Hubert Maga ne parvient pas à juguler le chômage qui sévit dans le pays, aggravé par le rapatriement des fonctionnaires dahoméens contraints d'abandonner leur poste dans les autres pays de l'ancienne Union française. Le retour au pays de nombreux cadres avive les rivalités tant politiques qu'économiques. Hubert Maga est renversé le 28 octobre 1963 par le colonel Christophe Soglo, qui redonne le pouvoir aux civils dès le mois de janvier 1964.
S. M. Apithy puis Justin Ahomadegbé se succèdent à la tête de l'État, et une formule de tripartisme est même mise en place, jusqu'à ce que C. Soglo, devenu général, reprenne les rênes du pouvoir (novembre-décembre 1965). Il est lui-même renversé en décembre 1967 et la présidence est assurée par le lieutenant-colonel Alphonse Alley. Un nouveau régime civil est instauré en 1968 (présidence d'Émile Zinsou), auquel succède en 1970 une nouvelle tentative de triumvirat – S. M. Apithy, H. Maga, J. Ahomadegbé –, qui s'achève par un nouveau coup d'État (1972).

5. LE RÉGIME MARXISTE-LÉNINISTE DE MATHIEU KÉRÉKOU
L'homme qui prend le pouvoir le 26 octobre 1972, le colonel Mathieu Kérékou, va faire preuve d'une longévité politique exceptionnelle, due sans doute à un grand pragmatisme, mais aussi à une certaine retenue de comportement qui lui permet de ne pas devenir un véritable dictateur. Il suspend la Constitution et met en place un Conseil national de la révolution. À partir de 1974-1975, il donne au pays une orientation marxiste-léniniste : le Dahomey devient République populaire du Bénin (30 novembre 1975) ; un parti unique, le parti de la Révolution populaire du Bénin (PRPB), est créé, et une Constitution (26 août 1977) organise le pouvoir du peuple, autrement dit la prééminence de l'État et du parti. Mais, en réalité, l'idéologie de Mathieu Kérékou n'est pas dogmatique et rien ne la caractérise mieux que le jeu de mots – le « marxisme-béninisme » – par lequel les humoristes la désignent. C'est dire que les réformes du régime ne prendront guère un tour excessif. Au milieu des années 1980, le Bénin connaît une grave crise financière : ruiné, le régime est contraint de négocier avec le Fonds monétaire international (FMI).

6. LE « MODÈLE DÉMOCRATIQUE BÉNINOIS »
En 1989, un vent de contestation souffle au Bénin, comme dans bien d'autres pays africains après la chute du mur de Berlin. Les fonctionnaires, qui ne sont plus payés, se mettent en grève, ainsi que les étudiants. Mathieu Kérékou abandonne vite la voie de la répression et, en décembre, annonce que le marxisme n'est plus la doctrine officielle de l'État. Bien plus, dès février 1990, il accepte de réunir une Conférence nationale, innovation béninoise qui va connaître un grand succès en Afrique, au sud du Sahara, en particulier (mais non exclusivement) dans les pays francophones. La Conférence nationale béninoise, associant institutions et « société civile », et dans laquelle la hiérarchie catholique nationale joue un rôle important (c'est l'archevêque de Cotonou, Monseigneur de Souza, qui est élu à la présidence), constitue le point de départ d'un processus très rapide de démocratisation.
Le multipartisme est adopté (40 partis se créent dans l'année), un Premier ministre est nommé (Nicéphore Soglo, neveu de l'ancien chef de l'État) – ce qui limite considérablement les pouvoirs du président –, des élections locales sont organisées (maires, mais aussi responsables de quartiers et de villages) et, le 2 décembre 1990, une nouvelle Constitution est adoptée à une très forte majorité, avec cependant une abstention touchant le tiers des électeurs. En vertu de ce texte, une élection présidentielle se tient en février-mars 1991. Le Premier ministre Nicéphore Soglo, qui bénéficie d'une bonne image de spécialiste de l'économie – il est diplômé de l'université et a occupé des postes de responsabilité à la Banque mondiale –, est élu aux dépens du président sortant par près de 68 % des votants (36 % d'abstentionnistes).

7. LE RETOUR DU GÉNÉRAL KÉRÉKOU
L'alternance démocratique, acceptée sans discussion par la classe politique comme par la population, va jouer une nouvelle fois en 1996.
Fiers de l'exemple donné par leur pays en matière de transition démocratique, les Béninois sont déçus des maigres résultats obtenus par le nouveau président. L'ajustement structurel imposé par le FMI et par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) est source de contraintes économiques (« vérité » des prix, « compressions » de personnel), et la dévaluation du franc CFA de janvier 1994, vécue comme un abandon de la part de la France, entraîne dans un premier temps une flambée des prix.
Nicéphore Soglo, dont les soutiens intérieurs s'effritent, gouverne de plus en plus par ordonnances. Accusé de personnaliser son pouvoir et de népotisme, il est battu de peu au second tour de l'élection présidentielle de mars 1996 par l'ancien président Mathieu Kérékou, qui obtient 52,5 % des voix, les abstentions ne dépassant guère 20 %.
Alors que Nicéphore Soglo se montre mauvais perdant, contestant âprement les résultats proclamés par la Cour constitutionnelle, Mathieu Kérékou, surnommé « le Caméléon », fait preuve une nouvelle fois de maturité politique : il gouverne avec des personnalités connues pour leur opposition à l'ancien régime marxiste, dont Albert Tévoédjrè, ancien directeur général adjoint du Bureau international du travail (BIT), très respecté au plan international. Et, reprenant la formule fameuse, il organise en octobre 1996 une Conférence économique nationale pour définir les orientations économiques du pays. Son retour a peut-être surpris la communauté internationale, mais les conditions dans lesquelles il s'est réalisé ainsi que la stabilité qui règne depuis dans le pays ont rassuré celle-ci.
L'opposition remporte les élections législatives de mars 1999, marquant le retour en force de Nicéphore Soglo, l'ex-président battu en 1996, dont le parti obtient 27 sièges. La cohabitation s'avère difficile entre Mathieu Kérékou et l'opposition menée par son vieil adversaire politique. À l'approche de l'élection présidentielle (mars 2001), l'opposition tente d'unir ses forces tandis que le clan présidentiel hésite sur la stratégie à adopter. À l'issue du premier tour, Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo se retrouvent face à face pour la troisième fois consécutive, avec un net avantage cependant pour le président sortant (45,4 % au premier contre 27,1 % au second). Les retraits successifs de Nicéphore Soglo, déçu par son score et qui dénonce une « mascarade électorale », puis du candidat arrivé en 3e position, transforment la réélection de Mathieu Kérékou en une simple formalité (84 % des voix).
Organisées en application du processus de décentralisation, les premières élections locales (décembre 2002) sont favorables à la majorité gouvernementale, à l'exception de Cotonou, où s'impose Nicéphore Soglo. De même, les élections législatives (mars 2003) donnent la majorité aux partis de la mouvance présidentielle (65 sièges sur 83), à laquelle s'est rallié le parti du Renouveau démocratique jusqu'alors dans l'opposition.

8. L'ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE (DEPUIS 2006)
Un an avant l'issue de son dernier mandat présidentiel – marqué par un recul économique sur fond d'affairisme et par une détérioration du niveau de vie –, Mathieu Kérékou, atteint par la limite d'âge, assure qu'il ne modifiera pas la Constitution à son avantage. Parmi les très nombreux candidats qui s'affrontent le 5 mars 2006, Thomas Boni Yayi, sans appartenance politique, arrive en tête avec 35,64 % des suffrages, et l'emporte au second tour (74,52 % des voix) devant le candidat de l'opposition, Adrien Houngbédji (parti du Renouveau démocratique).

8.1. BONI YAYI
Économiste de formation, Boni Yayi prône la rupture et, secondé par un gouvernement réduit de jeunes technocrates, lance une politique de relance économique et de moralisation de la vie politique.
L'image positive dont bénéficie le Bénin auprès de la communauté internationale lui permet de mobiliser les bailleurs de fonds (France, Union européenne, États-Unis, Chine) pour lutter contre la pauvreté, moderniser les infrastructures et engager une série de réformes (police, justice).
Après que le chef de l'État a échappé à un attentat le 15 mars 2007, les élections du printemps mènent à l'Assemblée 35 députés d'une alliance hétéroclite « Forces Cauris pour un Bénin émergent » (FCBE), soutenant le gouvernement. En juin, celle-ci se transforme en un parti, l'Union Cauri pour la majorité présidentielle (UCMP). Privé, depuis le printemps 2008, du soutien des députés, le président Boni Yayi est engagé dans un bras de fer avec l'opposition rassemblée, en prévision de l'élection présidentielle de mars 2011, autour de la candidature d'Adrien Houngbédji (Parti pour un renouveau démocratique, PRD).
Ce dernier revendique la victoire alors que le président sortant est officiellement donné vainqueur dès le premier tour du scrutin, avec 53 % des suffrages contre 35,6 % pour son principal concurrent. Malgré la dénonciation des irrégularités par l’opposition dont une manifestation est dispersée par la police, l’élection, jugée libre et transparente par l’Union africaine et saluée par le secrétaire général des Nations unies, est validée par la Cour constitutionnelle.
La mouvance présidentielle arrive également en tête des élections législatives avec 41 sièges devant la coalition de l’opposition (l'Union fait la nation, 30 députés) et peut, grâce au ralliement de divers députés – dont ceux de « La Renaissance du Bénin », parti de Nicéphore Soglo – disposer d’une confortable majorité à l’Assemblée nationale. Au mois de mai, un gouvernement presque entièrement renouvelé est formé, avec pour la première fois depuis 1998 un poste de Premier ministre – chargé de la coordination de l’action gouvernementale, de l’évaluation des politiques publiques, du programme de dénationalisation et du dialogue social – auquel est promu Pascal Irénée Koupaki, principal collaborateur du chef de l’État et présenté comme l’un de ses potentiels dauphins.
Par ailleurs, alors que le gouvernement précédent avait tardé à réagir lors de l’écroulement d’une vaste escroquerie (chaînes de Ponzi) impliquant des réseaux illégaux de micro-crédit, qui avait ruiné des milliers de petits épargnants, les nouveaux ministres souscrivent aux principes (probité, transparence, défense de l’intérêt général…) contenus dans une « Charte de fonctionnement du gouvernement », censée confirmer la rupture annoncée en 2006 et redonner un souffle au « modèle béninois ».

8.2. PATRICE TALON
Après les élections législatives d'avril 2015, la situation évolue dans une certaine confusion. Les FCBE demeurent la première force politique du pays avec 33 sièges, tandis que le premier parti d’opposition, l’Union fait la Nation (UN) passe de 15 à 13 députés, devant le PRD qui en obtient 10. L'élection de son président, Adrien Houngbédji, à la présidence de l’Assemblée nationale, avec 42 voix contre 41 pour le candidat du parti au pouvoir Komi Koutché, sonne comme un premier revers pour les FCBE qui connaissent par la suite une série de défections.
Critiqué pour son maigre bilan et abandonné par plusieurs de ses alliés, le chef de l'État Boni Yayi, qui effectue son deuxième et dernier mandat, nomme à la tête du nouveau gouvernement celui qu'il présente comme son dauphin à l'approche de la présidentielle de mars 2016, l’économiste et financier Lionel Zinsou.
Ce dernier, qui prône la continuité et prend la tête d’une « Alliance républicaine » réunissant les FCBE, le PRD et le parti « Renaissance du Bénin », arrive en tête du premier tour du scrutin mais doit finalement s’incliner face à Patrice Talon, prospère hommes d’affaires dans le secteur du coton, candidat d’une coalition dite « de la rupture » qui remporte plus de 65 % des voix et auquel se rallie le PRD. Entré en fonctions le 6 avril, le nouveau président déclare notamment vouloir n’effectuer qu’un seul mandat et réformer en ce sens la Constitution, tandis qu’il forme un gouvernement sans Premier ministre.

 

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EMPIRE BYSANTIN ( 1 )

 

 

 

 

 

 

 

Empire byzantin : histoire ( 1 )

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Cet article fait partie du dossier consacré à l'Empire byzantin.
Empire chrétien gréco-oriental, héritier de l'Empire romain d'Orient, qui a duré de 395 à 1453.

En 330, après avoir rétabli l'unité de l'Empire romain, Constantin Ier le Grand fonde la ville de Constantinople, la « nouvelle Rome », sur le site de l’antique Byzance. Il va ainsi contribuer à déplacer le centre de gravité de l'Empire romain vers l'Orient. Cependant, il faut attendre le partage de l'Empire entre les fils de Théodose Ier, Honorius et Arcadius, en 395, puis l'effondrement de sa pars occidentalis (partie occidentale), sous les coups des grandes invasions, pour que la partition de l'Empire romain d'Orient soit consommée. C'est cet empire qu'il est convenu d'appeler également Empire byzantin (du nom de Byzance, la colonie grecque sur le site de laquelle fut fondée Constantinople), à partir de son hellénisation administrative, acquise sous le règne d'Héraclius Ier (610-641).
Pour ses dirigeants, comme pour ses sujets, le nouvel Empire, unique héritier de l’antique Empire romain après 476, ne cessera jamais d'être « romain », même si une culture spécifique s’y développe progressivement pour lui conférer son caractère gréco-oriental proprement « byzantin ».


EMPEREURS BYZANTINS

1. DE THÉODOSE À JUSTINIEN (379-565)
Après les Théodosiens Théodose Ier (379-395), Arcadius (395-408) et son fils Théodose II (408-450), ce dernier assisté de sa sœur Pulchérie, qui épouse son successeur Marcien (450-457), l’Empire échoit au Thrace Léon Ier (457-474), qui le transmet à son petit-fils Léon II (474), puis au père de celui-ci, son gendre Zénon (474-491). Ce dernier doit d’abord disputer le pouvoir à l’usurpateur Basiliscos (474-476). À sa mort, l’Épirote Anastase Ier épouse sa veuve pour lui succéder (491-518). Une intrigue de palais permet ensuite l’avènement de l’officier illyrien Justin Ier (518-527), qui prépare la succession à son neveu Justinien Ier le Grand (527-565).

1.1. LES CONFLITS RELIGIEUX
Cette période est marquée par les querelles dites christologiques (portant sur la nature du Christ), de portée non seulement religieuse, mais aussi politique et sociale.
L'ARIANISME

Théodose Ier livre une lutte sans merci au paganisme, proscrit en 381, et surtout à l'arianisme, dont les adeptes encourent la terrible accusation de lèse-majesté. Le concile de Nicée (325), en affirmant la parfaite divinité du Fils et sa pleine égalité avec le Père, avait résolu théoriquement la question trinitaire soulevée par le prêtre alexandrin Arius, mais il n'avait pas supprimé pour autant l'hérésie arienne, qui dure jusqu'à la fin du ive siècle et à sa nouvelle condamnation au concile de Constantinople (381). Le christianisme « nicéen », c'est-à-dire conforme au concile de Nicée, est déclaré religion d'État, et ressortit désormais au domaine politique ; toute autre confession est interdite.

LE NESTORIANISME
Cette querelle liquidée, une autre surgit, portant sur la conception de l'union des deux natures, divine et humaine, dans la personne du Verbe incarné ; c'est la querelle nestorienne (Nestorius, patriarche de Constantinople, sépare radicalement les deux natures du Christ) qui est reléguée au concile d'Éphèse (431) au profit de Cyrille d'Alexandrie, dont la doctrine obtient gain de cause. Le nestorianisme trouvera refuge en Asie, dans des communautés disséminées de l’Iraq à la Chine.

LE MONOPHYSISME
Mais l'emploi inconsidéré d'une formule ambiguë de Cyrille, « une seule nature du Christ incarné », rouvre bientôt la querelle christologique en suscitant le monophysisme, qui prône une confusion presque complète des deux natures.
Bien que condamné au concile de Chalcédoine (451), le monophysisme provoque un schisme aux conséquences politiques lourdes : l'Égypte, la Syrie, la Palestine et bientôt l'Arménie se rangent sous la bannière monophysite et ne tardent pas à afficher des aspirations séparatistes. Pour des raisons plus politiques que religieuses, les empereurs suivants, Basiliscos en 475 et Zénon en 482, esquissent un compromis entre les deux conceptions, et Anastase Ier répudie la doctrine chalcédonienne, mais sans autre résultat que de troubler gravement la paix civile et de déclencher un schisme de trente ans (482-518) entre Constantinople et Rome, qui rejette le compromis avec les monophysites.

1.2. L’EMPIRE D'ORIENT FACE AUX BARBARES
LES WISIGOTHS
Les Wisigoths, Barbares particulièrement turbulents et dangereux, dont les empereurs byzantins avaient pensé dissiper la menace en les installant à l'intérieur des frontières, se révoltent en 378 et écrasent les armées romaines à Andrinople ; l'empereur Valens est tué. Son successeur, Constantin Ier, juge plus politique de les enrôler comme fédérés au service de l'Empire, mais la germanisation poussée de l'armée, en augmentant les charges du Trésor, accroît d'autant les contributions fiscales et donc la misère du menu peuple, qui cherche dans le servage un remède à ses malheurs. En 395, à l'appel d'Alaric, les Wisigoths font de nouveau défection : ils dévastent la péninsule balkanique, puis prennent le chemin de la péninsule italienne, où ils pillent Rome en 410 avant de s’installer dans le sud de la Gaule et en Espagne.

LES HUNS

Un peuple autrement redoutable, celui des Huns, vient camper sur le Danube. Théodose II leur concède un tribut annuel en or, mais leur roi Attila manifeste de nouvelles exigences et marche sur Constantinople (441) : on se résigne à tripler le tribut. Il revient à la charge en 447, puis se dirige vers l'Occident, où ses troupes sont sévèrement étrillées aux champs Catalauniques, en 451. Sa mort, en 453, délivre l'Empire de ses ravages.

LES OSTROGOTHS
La menace des Huns fait place à celle des Ostrogoths, qui saccagent à leur tour la péninsule des Balkans, mais Zénon s'en débarrasse en chargeant leur chef Théodoric (488) d'évincer Odoacre, le roi des Hérules, qui a fait main basse sur l'Italie. Les Ostrogoths victorieux y fondent le royaume de Ravenne (493). La péninsule est perdue pour l'Empire, mais l'Orient est sauvé pour la troisième fois.

En Occident, dont les Barbares se partagent les dépouilles, émerge, au cœur des ruines et du vide politique, un pouvoir destiné à un brillant avenir : le siège de Rome, dont un titulaire illustre, l'énergique pape Léon Ier le Grand (440-461, à ne pas confondre avec son contemporain l'empereur Léon Ier le Thrace), affiche des prétentions à régenter souverainement l'Église universelle.

1.3. L'ŒUVRE DE JUSTINIEN

À la mort de l'empereur Anastase Ier (518), l'Empire, débarrassé des Barbares, s'estime en mesure d'entreprendre le sauvetage des territoires perdus d'Occident.
Le sénat et l'armée placent à la tête de l'Empire un officier illyrien, Justin (518-527). Cet empereur trouve en son neveu Justinien un conseiller de grande envergure, auquel il s'en remet dès le début du soin du gouvernement. L'action amorcée par Justinien avant même qu'il ne devienne empereur vise essentiellement deux objectifs, dont l'avenir devait montrer le caractère chimérique : rétablir l'Empire romain dans ses anciennes frontières et imposer à tous ses sujets l'orthodoxie élaborée par les conciles œcuméniques.
LA RECONQUÊTE DE L'OCCIDENT
L'entreprise de reconquête de Justinien Ier (527-565) cible d'abord le royaume vandale fondé en Afrique du Nord par Geiséric (ou Genséric) au siècle précédent. En 533, Bélisaire, le meilleur général du règne, y débarque quelques régiments, et le roi Gélimer ne tarde pas à se soumettre. Les insurgés berbères sont définitivement matés en 548.
Pour en savoir plus, voir l'article Vandales.
L'expédition africaine est suivie, en 535, de la campagne contre les Ostrogoths d'Italie. Les débuts sont prometteurs : la Sicile, Naples, Rome et Ravenne tombent aux mains des Byzantins, et le roi Vitigès est emmené en captivité à Constantinople. Mais, à l'appel du roi Totila, les Ostrogoths se soulèvent, et les armées romaines sont contraintes à la défensive et à la retraite : l'habile général Narsès ne parvient à rétablir la situation qu'au prix d'une laborieuse et onéreuse guerre de dix ans (552).
Pour en savoir plus, voir l'article Ostrogoths.
Enfin, de 550 à 554, un faible contingent byzantin conquiert une large bande de terre au sud-est de l'Espagne. La reconquête en Occident n'ira pas plus avant : la Méditerranée est redevenue une mer romaine, même si l'ancien Empire n'est pas, et de loin, reconstitué.

LES REVERS EN ORIENT

Ces succès incontestables s'accompagnent, sur d'autres fronts, de graves revers. La paix achetée aux Perses sassanides en 532 est violée en 540 par leur chah Khosrô Ier, qui envahit la Syrie, l'Arménie et l'Ibérie. Faute de puissants moyens militaires, Justinien est contraint de renouveler périodiquement le tribut et n'obtient une paix ferme qu'en 562.
Pour en savoir plus, voir l'article Sassanides.
Un danger autrement plus sérieux pèse sur les provinces balkaniques, celui des Slaves, qui prennent l'habitude de franchir presque tous les ans le Danube pour opérer des razzias jusqu'en Grèce. En vue de se prémunir contre cette calamité, l'Empire avait, à grands frais, créé une puissante ligne de fortifications, mais les masses fluides des Slaves se glissent entre les mailles de ce réseau insuffisamment protégé par des troupes mobiles. On tente d'obtenir quelque répit en achetant la paix, mais les subsides et les tributs ne font qu'attiser la convoitise des Barbares, qui voient l’Empire byzantin toujours disposé à satisfaire leurs exigences.

L'ŒUVRE INTÉRIEURE

L'œuvre de restauration dont rêvait Justinien faillit avorter à ses débuts : en janvier 532, la capitale Constantinople passe, une semaine durant, aux mains d'émeutiers, et l'empereur découragé s'apprête à fuir ; il en est empêché par son énergique épouse Théodora, et la sédition Nika est noyée dans un bain de sang.
La paix civile rétablie, Justinien s'emploie à assurer l'ordre et la prospérité de l'Empire. Son œuvre législative se résume dans ce qu'on appellera plus tard le Corpus juris civilis, une codification du droit romain en quatre parties : le Code Justinien, ou recueil de toutes les Constitutions impériales depuis Hadrien (117-138), paru en 529 et 534 ; les Pandectes, ou synthèse logique de toute la jurisprudence romaine (533) ; les Institutes, ou manuel pratique de droit à l'usage des étudiants ; enfin les Novelles, ou ordonnances impériales, la plupart en grec, postérieures à 534. Redécouverte par l'Occident au xiie siècle, cette somme législative conditionnera l'évolution juridique européenne.
Par des réformes administratives généreuses, l'empereur se propose d'améliorer les conditions de vie de ses sujets.

LES PROBLÈMES RELIGIEUX

En matière religieuse, Justinien se montre un chrétien zélé, mais l'Église doit se plier aux volontés du maître, qui n'admet que des serviteurs dociles : l'empereur fait et défait patriarches et évêques ; le pape Silvère est déposé et exilé (537), le pape Vigile enlevé et sommé de ratifier les décisions du concile de Constantinople II (553), qui accorde de nouvelles concessions aux monophysites.
Durant le règne de Justinien, de grands travaux sont réalisés dans tout l'Empire, et de splendides églises, tant à Constantinople (→ la basilique Sainte-Sophie) qu'à Ravenne, témoignent de l'éclat de la civilisation justinienne.

2. DE L'EMPIRE D'ORIENT À L'EMPIRE BYZANTIN (565-717)

2.1. LE REFLUX DE L'EMPIRE (565-610)
Après l’embellie du règne de Justinien, plus illusoire et coûteuse que déterminante, le délabrement de l'Empire s'accentue sous ses successeurs, son neveu Justin II (565-578), frappé de folie, Tibère II (578-582), qui le supplée, et son gendre Maurice (582-602).

REFLUX EN OCCIDENT
Sous Justin II, les Lombards envahissent l'Italie en 568 et occupent en peu de temps une grande partie de la péninsule. En Espagne, les Wisigoths passent à l'offensive : Cordoue, reprise en 572 par les Byzantins, est définitivement perdue en 584. Maurice tente d'enrayer cette décomposition en transformant les territoires de Ravenne et de Carthage en exarchats, dont les gouverneurs concentrent entre leurs mains tous les pouvoirs civils et militaires.

REFLUX EN ORIENT
L'Orient est le théâtre de guerres incessantes contre les Perses : l'enjeu en est la possession de l'Arménie. Un conflit dynastique chez les Sassanides permet à Maurice d'en annexer la majeure partie (591). La situation de la péninsule balkanique est désespérée : elle est constamment et presque impunément ravagée par les Avars (d'origine mongole) et leurs sujets slaves. À partir de 580, ceux-ci ne se contentent plus de pillages, mais commencent à prendre possession du sol jusqu'en Grèce, première étape de la future création de principautés slaves indépendantes. Les expéditions organisées contre eux par Maurice ne sont, malgré des succès partiels, jamais décisives.

LA TYRANNIE DE PHOKAS
En 602, l'armée du Danube refuse de franchir le fleuve et se révolte : un officier subalterne, Phokas, est proclamé empereur par les mutins. Leurs régiments investissent Constantinople, et une révolte intérieure leur en ouvre les portes. Tous les membres de la famille impériale sont mis à mort : le règne de Phokas (602-610) est un régime de terreur, jusqu’à son renversement par le fils de l’exarque de Carthage Héraclius, fondateur de la dynastie des Héraclides (610-715).

2.2. LE RÈGNE D'HÉRACLIUS : GRANDEUR ET DÉCADENCE DE L’EMPIRE (610-641)
FIN DE LA ROMANITÉ ET NAISSANCE DE L’EMPIRE « BYZANTIN »
Sous le règne d'Héraclius Ier (610-641), l’Empire cesse d'être « romain » pour devenir « gréco-oriental » (ou « byzantin ») dans ses frontières, sa composition ethnique, sa langue (le grec) et son administration. Le grec devient la seule langue officielle et l'empereur prend le titre oriental de basileus.

L’EMPIRE AUX ABOIS
Son règne est également une lutte incessante contre les Barbares, qui, sur tous les fronts, assaillent l'Empire. La domination byzantine dans les Balkans s'effondre : des masses d'Avars et de Slaves se déversent sur toute la péninsule balkanique, refoulant les populations indigènes vers le littoral et les îles de l'Égée et laissant à chaque reflux des tribus entières en Macédoine, en Thessalie et jusqu'au cœur de la Grèce. Toutes les provinces européennes se trouvent slavisées en même temps que repeuplées.
L'Asie Mineure est en passe de tomber aux mains des Perses : ceux-ci occupent l'Arménie, la Syrie et même Jérusalem (614), d'où ils transfèrent la vraie Croix à Ctésiphon. En 615, un détachement perse bivouaque sur les rives du Bosphore et, en 617, commence la conquête de l'Égypte, grenier à blé de l’Empire byzantin.

LES RÉFORMES INTÉRIEURES
Au moment où tout semble perdu, Héraclius entame des réformes (poursuivies par ses successeurs) qui vont donner à l’administration et à l’armée leurs caractères médiévaux.
Les régions asiatiques qui avaient échappé au déluge perse sont transformées en vastes circonscriptions administratives de caractère militaire, appelées « thèmes » et gouvernées par des stratèges. On y installe des stratiôtês (soldats paysans), auxquels on attribue à titre héréditaire des propriétés contre l'engagement d'un service militaire également héréditaire. Cette réforme aboutit à la création d'une armée nationale solide et permanente : l'Empire abandonne le système onéreux et dangereux du mercenariat, allégeant d'autant les charges du Trésor. À la refonte de l'administration provinciale s'ajoute celle de l'administration centrale, dont les attributions sont fragmentées et dont l'omnipotence est atténuée.

LES GUERRES CONTRE LES PERSES ET LES AVARS
La situation militaire chaotique ne dissuade pas l'empereur de passer à l'offensive. En 619, Héraclius conclut la paix avec les Avars ; en 622, la régence est confiée au patriarche Serge, et l’empereur rassemble en Asie Mineure une puissante armée qu'il dirige sur l'Arménie. Il remporte de brillantes victoires sur les Sassanides, mais aucun succès décisif.

Le grand siège de Constantinople (626) et ses suites
Durant l'été 626, alors que l'empereur guerroie dans le Caucase, les Perses et les Avars s'entendent pour investir Constantinople. Une armée perse commandée par le général Shahrbarâz traverse l'Asie Mineure et campe à Chalcédoine ; de leur côté, les Avars, secondés par des Slaves, des Bulgares et des Gépides, assiègent la ville par terre et par mer. Le moral de la population est soutenu, en l'absence de l'empereur, par l'énergique patriarche Serge. La flotte byzantine anéantit les bateaux des Slaves, et les assaillants sont contraints de se retirer.

La victoire sur les Perses et les Avars
Cette victoire retentissante marque le début de la contre-offensive byzantine. Du Caucase, Héraclius descend jusqu'à Ninive et Dastagerd, en basse Mésopotamie. Ses triomphes précipitent la décadence de la puissance perse : le chah Khosrô II est renversé, et son fils doit conclure avec les Byzantins un traité de paix qui leur restitue tous leurs territoires : Arménie, Mésopotamie, Syrie, Palestine, Égypte.
À l'ouest, l'échec des Avars devant Constantinople a ébranlé définitivement leur hégémonie : des tribus slaves secouent leur joug et, avec l'assentiment du gouvernement byzantin, émigrent en territoire d'Empire (Croates et Serbes).

L'IRRUPTION DE L'ISLAM (636-642)
Cependant, les reconquêtes d'Héraclius sont sans lendemain : les territoires recouvrés vont passer en une décennie aux mains des Arabes musulmans, dont l'expansion fulgurante s'amorce quelques années après la mort du prophète Mahomet. La Syrie est enlevée en 636, la Palestine et Jérusalem en 638, la Mésopotamie en 639-640 ; l'Arménie est envahie en 640, et l'Égypte en 642.

LA CRISE MONOTHÉLITE (638)
La conquête musulmane est certes facilitée par l'épuisement de l’Empire byzantin, consécutif à la longue guerre gréco-perse, mais surtout par les tendances séparatistes de toutes ces provinces acquises depuis un siècle au monophysisme, que répudiait et persécutait le gouvernement impérial, tout en ayant tenté avec lui un ultime rapprochement par l’instauration du monothélisme (Ekthèsis de 638), affirmation de l’unicité de volonté du Christ, à défaut de son unicité de nature prônée par les monophysites. Mais cette concession, sans effet sur ces derniers, n’avait fait que susciter un nouveau courant hétérodoxe et une nouvelle crise avec la papauté.

2.3. LES SUCCESSEURS D'HÉRACLIUS
La mort d'Héraclius, le 11 février 641, est suivie d'un grave conflit dynastique entre ses deux fils, Constantin III Héraclius et Héraclius II Héraclonas, issus de deux unions différentes. Le sénat et l'armée y mettent un terme en élisant empereur le fils de Constantin III, Constant II Héraclius (641-668). Lui succèdent son fils Constantin IV (668-685) et son petit-fils Justinien II, qui règne à deux reprises (685-695 et 705-711).

L'OFFENSIVE MUSULMANE
La poussée musulmane
Afin de contrer la poussée arabe, Constant II Héraclius tente un coup de main contre l'Égypte, mais son expédition de 646 tourne court, et la province est définitivement perdue. Les Arabes continuent leur progression le long du littoral africain, en Arménie et en Asie Mineure, jusqu'en Phrygie. Ils occupent Chypre, saccagent Rhodes et d'autres îles de la mer Égée qui contrôlent la route maritime de Constantinople. Un conflit interne pour la succession au califat musulman offre à l’Empire byzantin quelques années de répit, et un traité de paix est signé en 659. La guerre reprend toutefois en 663, et l'Asie Mineure est ravagée presque chaque année.

Le premier siège de Constantinople (674-678)
Assurés de la quasi-maîtrise de la mer Égée, les Arabes du califat omeyyade décident de porter un coup décisif au cœur même de l'État byzantin. Ils prennent Cyzique comme base d'opérations et, de 674 à 678, assiègent Constantinople presque sans interruption. Mais toutes leurs tentatives contre la plus puissante forteresse de l’époque échouent ; leur flotte, déjà éprouvée par le feu grégeois, est décimée par une violente tempête au large de la Pamphylie, et l'intervention d'une escadre byzantine achève de l'anéantir. Pour la première fois, l'élan arabe s'est brisé sur les murailles de Constantinople.

Persistance de la menace
Des difficultés intérieures empêchent les Arabes de renouveler leur tentative durant un demi-siècle. Ils n'en restent pas moins une constante menace sur d'autres fronts : en 692, ils écrasent les armées grecques en Arménie, et la partie byzantine de ce territoire passe sous suzeraineté arabe. Sous Justinien II, ils font des incursions fréquentes en Cappadoce et en Cilicie ; enfin, de 693 à 698, l'Afrique byzantine tout entière passe sous leur contrôle.

LA CAMPAGNE CONTRE LES SLAVES
Constant II organise une campagne contre les Slaves de Macédoine en 658 et parvient à leur faire reconnaître la souveraineté byzantine ; un contingent en est transféré en Asie Mineure. Justinien II entreprend une expédition similaire en 688-689 et pousse jusqu'à Thessalonique ; une partie des tribus soumises est déportée dans la province de Bithynie afin de repeupler et de renforcer militairement ces contrées gravement éprouvées durant le siège arabe de 674 à 678 ; elles y sont bientôt rejointes par des populations amenées de Chypre.

L'ARRIVÉE DES BULGARES
L'équilibre politique de la péninsule balkanique est perturbé par l'irruption des Protobulgares, peuplade turque installée depuis 670 dans le delta du Danube. Sortis victorieux de leur première guerre contre les Byzantins en 680, ils franchissent le fleuve sous le commandement d'Asparuh et soumettent les tribus slaves réparties entre le Danube et la chaîne des Balkans. Ils y fondent le premier royaume bulgare, à encadrement protobulgare et à population majoritairement slave, dont l'indépendance est bientôt reconnue par Constantinople, qui achète la paix en leur consentant un fort tribut annuel. Le Bulgare Terbel ayant aidé Justinien II à reconquérir son trône (705), celui-ci lui abandonne imprudemment la plus grande partie de la Roumélie orientale.

LA FIN DE LA CRISE MONOTHÉLITE (681)
Les dissensions religieuses battent alors leur plein. L'Occident latin fait figure de bastion de l'orthodoxie contre le pouvoir central, en quête perpétuelle d'une politique de conciliation capable de satisfaire orthodoxes et monothélites intransigeants. Constant II croit mettre fin aux querelles en interdisant toute discussion sur les points litigieux, par le Typos de 648, mais le pape Martin Ier passe outre. L'empereur ordonne à l'exarque de Ravenne de l'arrêter : il est traîné à Constantinople, jugé et exilé à Chersonèsos (ou Kherson), en Crimée, où il meurt en 655. Un autre opposant de marque, Maxime le Confesseur, est à son tour brutalisé et banni en Lazique (Caucase).
Constantin IV, conscient que le soutien du monothélisme est nuisible à l'État, répudie la politique religieuse de son père : au concile de Constantinople III de 680-681, convoqué par ses soins, le monothélisme est condamné et ses champions sont anathématisés.

LE QUINISEXTE (692)
Un second concile réuni par Justinien II en 691-692 s'emploie à compléter sur le plan juridique les décisions dogmatiques des conciles de Constantinople II (553) et Constantinople III, les 5e et 6e à vocation œcuménique (universelle), d'où son nom de Quinisexte (« 5e-6e ») : 102 ordonnances ou canons ont pour objet d'améliorer les mœurs du clergé et du peuple. Mais le pape rejette les décisions conciliaires : Justinien II, furieux, entend lui réserver le sort de Martin, mais c'est lui-même qui, détrôné et mutilé (son nez est coupé), est expédié à Chersonèsos.

L'INSTABILITÉ IMPÉRIALE (695-717)
La chute de Justinien II, en 695, inaugure une longue période de troubles. Au désordre intérieur s'ajoutent de nouvelles amputations territoriales : Carthage tombe en 698 aux mains des Arabes, qui atteignent le détroit de Gibraltar en 711.
Après les courts règnes des usurpateurs Léontios (695-698) et Tibère (698-705), Justinien II reprend le pouvoir, mais ne l'emploie qu'à assouvir sa soif de vengeance dans la capitale, à Ravenne et à Chersonèsos. Après son assassinat en 711, trois empereurs – Philippikos Bardanes (711-713), Anastase II (713-715) et Théodose III (715-717) – ne font que passer sur le trône.

3. LE SIÈCLE DE L'ICONOCLASME (717-867)
3.1. DES ISAURIENS AUX AMORIENS
En 717, le pouvoir est usurpé par un général originaire de la Syrie du Nord, Léon III (717-741). Lui et ses deux successeurs, Constantin V (741-775), associé à son père dès 720, et Léon IV (775-780), représentent ce qu'on appelle improprement la dynastie isaurienne. La veuve de Léon IV, Irène, assume la régence durant la minorité de son fils Constantin VI : quand il atteint sa majorité, elle le fait déposer et règne encore seule de 797 à 802. Elle est à son tour détrônée par un fonctionnaire civil, Nicéphore Ier le Logothète (802-811), qui trouve la mort dans un combat contre les Bulgares. Son fils Staurakios abdique aussitôt en faveur de son beau-frère Michel Ier Rangabé (811-813), qui laisse lui-même le trône à Léon V l'Arménien (813-820). Son successeur, Michel II le Bègue (820-829), fonde la dynastie d'Amorion, représentée après lui par Théophile (829-842) et Michel III l'Ivrogne (842-867).

3.2. LA QUERELLE ICONOCLASTE
Durant plus d'un siècle (730-843), le monde byzantin est bouleversé par la querelle des Images (→ iconoclasme). Le conflit divise l'Empire : les provinces orientales se déclarent iconoclastes (contre le culte rendu aux représentations des saints, jugé idolâtre), tandis que les provinces occidentales restent iconodoules (défenseurs de ces images saintes). Au sein de la société byzantine, les images trouvent dans les moines leurs plus ardents défenseurs.

LE PREMIER ICONOCLASME (730-787)
À la suite de premières mesures iconoclastes, l’empereur Léon III prend officiellement position contre le culte des images en 730, au cours d'un silention (réunion publique). Le patriarche Germain, récalcitrant, est déposé, et la destruction des images commence. Rome s'émeut et anathématise les iconoclastes. Léon III riposte en soustrayant à la juridiction papale la Calabre, la Sicile et l'Illyricum (ouest des Balkans).
Constantin V mène la lutte avec encore plus de vigueur que son père. Il se livre à une active propagande et le concile de Hiereia, dont les 338 membres sont tous acquis à sa cause, sanctionne la doctrine officielle en 754 : la représentation des saints est interdite et la vénération de leurs images prohibée. L'empereur s'emploie à appliquer ces décisions : on badigeonne les icônes, on disperse les reliques et on leur substitue des peintures profanes à sujet végétal et animal, surtout des décorations à la gloire de l'empereur. De l’hostilité de Constantin V, les moines sont les principales victimes : des monastères sont sécularisés, leurs propriétés confisquées, des moines et des religieuses sommés de se marier. L'intransigeance impériale va jusqu'à interdire le culte de la Vierge et des saints.

LE RÉTABLISSEMENT DE L’ORTHODOXIE (787-815)
L'impératrice Irène, pour sa part fervente iconodoule, prépare habilement la restauration du culte des images, qu'elle fait sanctionner en 787 par le second concile de Nicée, considéré comme œcuménique : l'iconoclasme est condamné comme hérésie et la vénération des icônes rétablie. Les moines recouvrent du même coup leurs privilèges et leurs richesses.

LE SECOND ICONOCLASME (815-843)

La querelle se rallume sous Léon V : les iconodoules intransigeants sont malmenés et prennent la route de l'exil. En 815, un concile iconoclaste réuni en la basilique Sainte-Sophie de Constantinople rejette les décisions du concile de Nicée II et ordonne la destruction des images. Avec Michel II, le mouvement iconoclaste connaît une accalmie, mais la restauration des images n'est pas rétablie. Théophile leur livre un dernier combat : une violente persécution se déchaîne contre les iconodoules et notamment contre les moines, mais le mouvement ne lui survit pas. Le 11 mars 843, un synode réuni à Sainte-Sophie par la régente Théodora, mère de Michel III, rétablit solennellement et définitivement le culte des images.
Pour en savoir plus, voir l'article iconoclasme.

3.3. LES MENACES EXTÉRIEURES

LES ARABES
L’échec du second siège de Constantinople (717-718) et ses suites
Deux décennies de troubles intérieurs à l’Empire byzantin ont ranimé les ambitions des Arabes : en 717, ils se présentent de nouveau sous les murailles de la ville, mais elle est âprement défendue par Léon III. Le feu grégeois, la peste, la famine et l'intervention des Bulgares obligent les assaillants à lever le blocus à l'été 718. Ils n'en continuent pas moins leurs raids annuels en Asie Mineure, mais la grande défaite qu'ils essuient à Akroïnon (près d'Amorion), en 740, les contraint à évacuer la partie occidentale de l'Anatolie. Leur puissance est de surcroît ébranlée par une grave crise intérieure : au terme d'une longue guerre civile, la dynastie musulmane des Abbassides supplante celle des Omeyyades en 750.

La contre-offensive byzantine
Les Byzantins en profitent pour reprendre l'offensive : en 746, Constantin V pénètre en Syrie septentrionale, et, l'année suivante, une flotte arabe est anéantie près de Chypre ; en 752, l'empereur remporte de nouveaux triomphes en Arménie et en Mésopotamie. Mais les querelles religieuses et politiques qui secouent l’Empire byzantin provoquent un revirement : en 781, les Arabes victorieux imposent aux Grecs un traité de paix humiliant qui ne leur vaut d'ailleurs qu'un répit de courte durée. L'empereur Nicéphore Ier ose interrompre le versement du tribut, mais, en 806, le calife abbasside Harun al-Rachid l'amène à composer : les Byzantins, vaincus, sollicitent la paix et reprennent le versement du tribut.

La poursuite de l’antagonisme
En 822, les Arabes apportent une aide efficace au général rebelle Thomas le Slave, qui assiège Constantinople durant plus d'un an. Quelques années plus tard, la Crète est enlevée par des corsaires musulmans ; elle devient pour cent cinquante ans la base d'opérations des pirates arabes de la mer Égée. Ils prennent pied en Sicile en 827, et la conquête de l'île leur est facilitée par les dissensions entre gouverneurs locaux et l'absence d'une puissante flotte de guerre byzantine. Au centre de l'Asie Mineure, l'Empire byzantin affronte le calife al-Mutasim, qui s'empare d'Ancyre et d'Amorion en 838 : Constantinople atterrée fait appel à l'Occident, mais n'en reçoit que des promesses.

LES BULGARES

Depuis leur installation dans la péninsule balkanique, les Bulgares entretiennent des relations pacifiques avec les Byzantins : ils ont aidé Justinien II à reprendre le pouvoir en 705 et lutté contre les Arabes en 718. Mais les Bulgares tirent prétexte de la fortification de la frontière par les Byzantins pour déclencher la guerre en 755. Constantin V est victorieux sur le littoral de la mer Noire en 762 et, jusqu'à sa mort, organise contre eux plusieurs expéditions, en général heureuses. Mais, en 792, les Byzantins sont finalement vaincus et contraints de payer tribut.
L'empereur Nicéphore reprend la lutte, mais son armée est anéantie en 811 dans les Balkans, et lui-même est tué. Le khan Krum se rue sur la Thrace, dont il déporte les populations au-delà du Danube, et assiège Constantinople en 813. Son successeur, Omurtag, conclut avec l’Empire byzantin une paix de trente ans, rompue par le khan Malamir en 831.

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